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Après Marin Marais, j’ai le plaisir de vous faire découvrir un compositeur de la Renaissance espagnole, malheureusement pas assez connu : Cristóbal de Morales.

Cristobal de MoralesNé en 1500 à Séville, il y suivit une solide formation musicale au sein du chœur d’enfants de la cathédrale de cette même ville. Après quelques années comme maître de chapelle de la cathédrale d’Avila, il fut nommé chanteur de la Chapelle Sixtine, sous le règne du Pape Paul III Farnèse, où il passa dix années très riches musicalement parlant (1535-1545) – il est d’ailleurs possible qu’il ait rencontré Palestrina qui y commençait sa carrière. La présence de chanteurs ibériques à la cour pontificale n’est pas une nouveauté, les papes (notamment les papes Médicis Léon X et Clément VII et le scandaleux Alexandre VI Borgia) appréciant ces chanteurs exceptionnels, dont on pense qu’une partie furent en fait les premiers castrats de la Sixtine, avant qu’ils ne soient évincés par les castrats italiens. De retour en Espagne, on le retrouve maître de chapelle à Tolède puis Málaga. Il mourut en 1553, ayant acquis de son vivant une gloire et une renommée internationale qu’aucun compositeur espagnol n’avait pu atteindre avant lui ; on le retrouve même dans les écrits de Rabelais – je ne suis pas allé vérifier, la personne qui me retrouve la référence exacte gagne toute ma considération !

8765Doté et doué d’un caractère de cochon – il admettait difficilement que tout le monde ne puisse pas avoir les mêmes talents musicaux que lui, sympa le bonhomme… – d’où peut-être cette instabilité professionnelle chronique, Cristóbal de Morales est un pur produit de la Renaissance espagnole et du siècle d’or de ce même pays. C’est l’époque de la conquête du Nouveau Monde et de la fondation des Jésuites, une époque ou les sensibilités exacerbées étaient encouragées par un enthousiasme général et des envies de grandeur. D’où la musique riche, expressive et quasi dramatique des compositeurs de la péninsule… sauf celle de Morales, qui, elle, conserve une grande sobriété. Son style se rapproche davantage de celui de son prédécesseur, le français Josquin des Prés. Comme lui, il s’appuie sur l’austérité et la profondeur du plain chant qu’il enrichit sobrement, sans rupture harmonique ni effet de style. Et comme lui, nombre de ses messes sont écrites sur le thème de chansons populaires. On les appelle des messes-parodies : c’était assez courant à l’époque et on connaît de multiples messes sur le thème de L’Homme Armé (Palestrina, La Rue, Tinctoris…) ou du Pont d’Avignon (Pierre Certon).

Hormis quelques madrigaux badins, son œuvre est composée quasiment exclusivement de pièces sacrées : une centaine de motets, 18 Magnificat et des dizaines de messes (il nous en reste 21) nécessitant parfois une technique vocale de haute voltige qui convenaient aux chanteurs éblouissants de la Sixtine. Morales est enfin particulièrement connu pour ses pièces de l’Office des morts : messe de Requiem à 5 voix, matines de l’Office des Morts, sans oublier d’inoubliables lamentations des Ténèbres du Samedi Saint (moins connues que celles du jeudi saint) qui laissent transparaître une personnalité éminemment spirituelle, voire mystique, qui ne sombre pas pour autant dans le morbide et le spectaculaire. Mais une partie de son œuvre reste à découvrir : encore en 2002, on a retrouvé une vingtaine de pièces attribuées au maître dans les archives de la cathédrale de Tolède.

Cet illustre prédécesseur de Tomás Luis de Victoria aura marqué son époque. Il reste à la nôtre à découvrir sa musique et à l’apprécier !

Quelques extraits :

L’intégralité de l’Office des Morts et de la Messe des Morts. Je trouve cela superbe, tout en retenue et en profondeur. En écrivant cet article, je disais même à une amie qu’à mon enterrement, il faudra chanter cette musique !

Un Asperges me brodé sur le plain-chant

Et enfin, un extrait de l’enregistrement de l’office des morts par l’ensemble Hilliard qui en a donné une version très étonnante, en l’associant avec le saxophone de Jan Garbarek et qui a marqué les esprits (en bien ou en mal) : à sa sortie en 1994, je l’écoutais avec curiosité et trouvais cela étonnant, mais beau. Bon, maintenant, je trouve que ça vient un peu « polluer » une pièce magnifique portant à la méditation. A vous de juger !

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