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Beaucoup d’entre vous ont sûrement été marqués par leur unique expérience de la flûte à bec : le cours de musique au collège ! Où trente ados boutonneux soufflent à qui mieux mieux dans une flûte en plastique, tentant de balbutier, dans une cacophonie sans nom, les premières notes de l’Hymne à la joie. J’ai même un ami qui jouait si fort que le prof’ excédé lui a demandé de remplacer sa flûte par… une règle en plastique ! Imaginez le spectacle.

Pour soigner ce traumatisme d’enfance, je vous propose de découvrir quelques beaux morceaux ; et vous verrez du même coup que la flûte à bec est un vrai instrument de musique, pas si facile que ça à manier qui plus est – si vous pensez le contraire, l’auteur de ces lignes serait irrémédiablement vexé, lui qui a dû suivre une douzaine d’années de cours avant de savoir jouer à peu près convenablement.

Flûte2Des flûtes, il en existe de toutes les tailles, en matériaux très variés (bois, os, métal, corne, ivoire, plastique…) et ce depuis la nuit des temps ; déjà l’homme de Cro-Magnon – ce n’est pas du bidon – soufflait dans un bout d’os pour égayer ses soirées d’hiver au coin du feu ou compter fleurette à Madame Cro-Magnon.

Grosso modo, on distingue trois grandes périodes d’utilisation de cet instrument : le Moyen-Age, avec des instruments un peu bizarroïdes pour des musiciens dont la principale caractéristique est l’improvisation. La Renaissance, l’âge d’or des ensembles complets de flûtistes, avec des instruments d’un seul tenant assez sonores. Et enfin, la période baroque, avec des instruments plus doux, plus justes aussi, pour des pièces solistes (sonates, concertos, suites…) ou d’ensembles.

Au milieu du XVIIIe siècle, c’est globalement fini, la flûte à bec est supplantée par le traverso, ancêtre de la flûte traversière, sauf en Angleterre où la tradition a perduré plus longtemps. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour la redécouvrir, avec notamment des précurseurs comme Frans Brüggen, Barthold Kuijken, René Clemencic…

La flûte est aussi utilisée en musique contemporaine, avec toujours la présence remarquée de l’école hollandaise et allemande (et des effets de style plutôt rigolos, mais pas bien jolis-jolis, genre : bruit de baiser dans la flûte, bruit de la flûte que l’on monte et démonte, cri du « bouh » dans la flûte – c’est intelligent ça, on se croirait revenu au cours de musique de Madame Labutte au collège Elsa Triolet de Rancy-lès-Gonesse).

Quelques exemples pour illustrer tout ça :

1. Un très bel ensemble de flûtes renaissance. Observez la taille impressionnante des flûtes contrebasses et savourez ce beau morceau du tout début du baroque.

2. Une pièce de Telemann, le compositeur baroque qui a le plus écrit pour la flûte à bec, et notamment de redoutables fantaisies pour flûte seule, aussi ardues qu’austères, mais aussi des sonates et suites très agréables à écouter comme celle-ci (flûte alto).

3. Un grand classique, les concertos de Vivaldi pour sopranino – la plus petite des flûtes, elle est si aiguë qu’elle domine un petit orchestre. A écouter ce morceau, on peut penser que cela « coule » naturellement, mais en réalité, que c’est difficile ! Il y a toujours trois ou quatre mesures démoniaques.

4. Une pièce du XVIIIe siècle tendance « bergers et bergères allons baguenauder au bord du ruisseau ». Ce rondeau d’Hotteterre est souvent joué au traverso, mais à la flûte à bec ténor, c’est quand même pas mal.

Et pour les amateurs de sensations nouvelles, vous pouvez toujours écouter de la flûte à bec contemporaine genre loufoque https://www.youtube.com/watch?v=VhmUQ5wZfiA ou carrément ésotérique, tendance mochitude emmerdifiante https://www.youtube.com/watch?v=4IJ6GcgoUuE

Alors réconciliés ?

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