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Ce sujet, extrêmement riche et me tenant particulièrement à cœur, fera l’objet de deux articles séparés sur Artetvia. Et puis ayant l’humeur digressive aujourd’hui, ça ferait un peu long…

Dans le paysage délicatement vallonné de l’extrême-nord du Morvan se dresse une colline, ceinte d’un rempart – du moins ce qu’il en reste – et couronnée d’une imposante basilique : Vézelay. 450 habitants aujourd’hui, plusieurs milliers à l’époque médiévale. Une placette en bas, une rue tortueuse montant à la basilique bordée de vieilles bicoques (hors de prix d’ailleurs), un belvédère, quelques rues adjacentes, des pentes sud couvertes de vigne, c’est tout. Il semble difficile d’imaginer que ce village est chargé d’histoire, depuis la nuit des temps.

Vézelay - Vue sud-ouest

Vézelay – Vue sud-ouest

A l’arrivée de nos ancêtres les Gaulois (les époques de Hallstatt et de la Tène, vous connaissez tous ça bien évidemment), le site avait déjà été occupé, sans doute par les cousins des types qui ont dressé les menhirs et les dolmens (hé non, ce n’est pas Obélix et ses potes, raté). Les Celtes l’ont visiblement habité de manière permanente, avec un sanctuaire druidique en son sommet. Certains affirment que le nom de Mont Scorpion donné à la colline viendrait de ce culte, ce dont personnellement je doute, cet animal étant absent du bestiaire celte, le répertoire gaulois privilégiant en effet le sanglier, les cervidés, le cheval, les rapaces et les bovidés, sans oublier griffons, dragons, animaux androcéphales et autres créatures imaginaires (je vous avais prévenu, j’ai l’humeur digressive !). Les Romains arrivèrent et établirent notamment des thermes à proximité de la colline.

Vézelay - Vue générale

Vézelay – Vue générale

Le lieu a rapidement été christianisé et a conservé son caractère de haut lieu spirituel, au sens propre comme figuré. Déjà sous le règne de Louis le Pieux, un monastère est érigé ; détruit par les Normands, l’abbaye est reconstruite en haut de la colline. Le culte de sainte Marie-Madeleine s’y développe, la basilique accueillant ses reliques, transférées depuis la Sainte-Baume. Depuis cette époque le débat existe entre les deux sanctuaires, l’un et l’autre revendiquant la possession des reliques de la femme pécheresse de l’Evangile, qui a fait fantasmer plus d’une âme naïve et rapporter beaucoup de gros sous à Dan Brown. Saint Louis a plaidé en faveur de Vézelay, le Pape Boniface VIII décrété le contraire : bref, rien n’est tranché.

Les reliques de Marie-Madeleine attirèrent une foule immense qu’il fallut accueillir à l’abbaye qui dépendait alors de Cluny. Il fallut construire beau et grand et ce fut la basilique Sainte-Marie-Madeleine. A l’époque, le sanctuaire était le plus grand lieu de pèlerinage de la Chrétienté, devant Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle. Moralité, de hauts faits s’y sont déroulés et de hauts personnages s’y sont arrêtés (et vive le saucisson), même après le déclin de la basilique à partir du XVème siècle.

C’est là que saint Bernard prêcha pour lancer la deuxième croisade, devant 30 000 personnes, dit-on. Il reste encore le rocher d’où il parla. Saint Louis y vint à plusieurs reprises. Le calviniste Théodore de Bèze y naquit et transforma le village en place forte protestante. Après les Guerres de religion, la révolution acheva de transformer la riche et opulente ville en un village quasi abandonné, mais gardant dans ses ruines sa grandeur passée. Jusqu’à ce qu’un jeune architecte de 26 ans, Viollet-le-Duc fut mandaté par Mérimée, Prosper de son prénom et inspecteur des Monuments historiques de son état, pour restaurer la basilique : les arbres poussaient dans le chœur et le tympan était à l’état de ruine. En 1876, la restauration est achevée, le village renaît, sa vocation spirituelle aussi, le tourisme se développe et les artistes accourent.

Après cette introduction historique, un peu longue certes, mais nécessaire pour comprendre le comment du pourquoi, arrêtons-nous un instant devant la basilique. Elle est construite à l’emplacement exact où les ondes telluriques sont les plus importantes – au sens scientifique du terme, pas ésotérique, même si malheureusement, à cause de cela, les psycho-dingos de tout poil et du monde entier s’y donnent rendez-vous, notamment durant le solstice d’été, seul jour où le soleil frappe le milieu de la nef pour former un chemin de lumière.

Basilique Sainte-Marie-Madeleine - La nef

Basilique Sainte-Marie-Madeleine – La nef

Admirez d’abord le monument dans son ensemble : il est vaste. 120 mètres de long, 24 mètres de large et 38 mètres pour la tour Saint-Michel, la plus haute. J’ai eu la chance de pouvoir y grimper (c’est le mot, les frêles escaliers de bois sont branlants, on frôle le bourdon en espérant qu’il ne cloche pas à ce moment, les rambardes sont hasardeuses…). Mais là-haut, quel spectacle ! On domine toute la région, et même apercevoir Bazoches, le château de Vauban, pourtant situé à plus de 12 kilomètres.

Les proportions de l’édifice sont bien équilibrées, les travées de la nef d’une régularité apaisante, les 5 absidioles du chœur mesurées. Le narthex est majestueux et possède des tribunes dominant le reste de l’édifice. Il est connu pour son tympan ouvragé, bien remanié par Auguste (Viollet-le-Duc, pas César) – en fait il s’appelle Eugène, je viens de vérifier, désolé pour l’erreur grave. Je ne vais pas vous le décrire par le menu, des livres entiers lui ont été consacrés.

La nef, plus longue que celle de Notre-Dame de Paris, est très lumineuse, grâce aux larges ouvertures du haut des bas-côtés. Les chapiteaux des piliers sont magnifiques, représentant des scènes bibliques ou tout à fait profanes, voire païennes (juste ciel !). Les arcs doubleaux alternant les claveaux clairs et foncés sont, avec l’âge, plus ou moins déformés ; cela se voit bien de la tribune du narthex. La crypte ressemble… ben à une crypte : il fait froid, humide et sombre, mais c’est beau et émouvant.

Basilique Sainte-Marie-Madeleine - Tympan du narthex

Basilique Sainte-Marie-Madeleine – Tympan du narthex

Quant au chœur, la seule partie vraiment gothique de la basilique, très lumineux (la pierre est plus claire) et particulièrement dépouillé, il dresse ses lignes verticales vers le ciel et, par la rupture tranquille ainsi créée, renforce sa place de « saint des saints » dans l’édifice.

Voilà, c’est beau et, comme le dit Bibendum, cela mérite le détour !

Mais Vézelay recèle bien d’autres richesses insoupçonnées. La suite dans un prochain numéro – Ici

Je remercie Martin B., habitant Vézelay, pour ses précieuses explications et grâce à qui j’ai pu connaître ce merveilleux endroit.

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