Julien Prouvot, commissaire priseur – conseil en art

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Bonjour Julien, comment pourrais-tu te présenter ? Et qu’est ce qui t’as amené à t’orienter vers le secteur du marché de l’art ?

Je suis commissaire-priseur de formation, et je me suis tourné vers le conseil dans le domaine des objets d’art. J’ai baigné dans un milieu familial féru d’art, avec un père lui-même commissaire-priseur. Après les études classiques pour exercer ce métier : droit, histoire de l’art, école du Louvre, j’ai passé un concours d’entrée (examen d’aptitude) à la profession de commissaire-priseur avec un stage professionnel de deux ans puis un examen de sortie. Hé oui, ce sont de longues études !

Et pour répondre plus largement à ta question, le métier repose sur deux piliers : une solide connaissance artistique, bien entendu, mais aussi, et certains l’oublient, un grand sens du relationnel et de l’écoute. J’y reviendrai tout à l’heure.

Et tu t’es spécialisé ?

On me demande régulièrement quelle est ma spécialité. Je dirai qu’au bout de vingt ans, je me suis constitué un catalogue d’images dans la tête : je suis plus familier des tableaux et dessins anciens (XVIe-XIXe siècles). Mais en fait, ce sont les occasions qui font la spécialité. Par exemple, en travaillant sur un objet chinois, j’ai approfondi mes connaissances dans ce domaine. Cela dit, il faut savoir rester humble, personne ne pourra embrasser l’ensemble des connaissances universelles en matière artistique. L’essentiel, est, je pense, de savoir quoi et où chercher, avec la bonne documentation et la bonne personne. C’est là tout l’art du conseil-expert.

Alors justement, en quoi consiste ton métier exactement ?

Brûle-parfum Qianlong

Brûle-parfum Qianlong

Depuis sept ans, j’exerce le métier de conseil en tant qu’indépendant, ce qui me donne une objectivité et une liberté certaines. Mon cœur de métier est le suivant :

  • L’assistance aux familles et aux collectionneurs pour la conservation et donc la transmission de leur patrimoine mobilier. Je réalise en quelque sorte des « audits », en conseillant les familles dans les partages, en matière de fiscalité, etc. ; si besoin, je les dirige vers le bon artisan d’art si les œuvres nécessitent une restauration. A chaque client une situation différente : j’apporte un conseil sur-mesure. Il faut surtout être à l’écoute, faire preuve de psychologie, car dans une œuvre d’art, il y a souvent beaucoup d’affect. Les partages de biens mobiliers sont des occasions qui révèlent la vraie nature des liens familiaux. Mon objectif est donc d’apaiser ces moments de tension.
  • Deuxième métier, lié au premier : le conseil en vue de vente, pour valoriser d’une part le bien (optimiser sa valeur par des recherches historiques et scientifiques) et d’autre part pour trouver le meilleur acheteur, public ou privé, que cela soit par le biais d’une vente aux enchères ou de gré à gré. Par ailleurs, certains me sollicitent pour acheter des œuvres comme placement de diversification.

En bref, j’offre les services que proposent les grandes maisons du marché de l’art, à prix plus compétitifs et un service vraiment personnalisé.

Amélie Beaury-Saurel - Après déjeuner

Amélie Beaury-Saurel – Après déjeuner (détail)

Donc, si j’ai bien compris, par exemple tu fais surtout des inventaires après décès ?

Pas exactement, car certaines personnes font appel à moi pour préparer les partages de leur vivant, en présence de leurs enfants, et pas forcément après décès. Dans ce cas, mon métier consiste à inventorier l’entier contenu d’une maison, du tableau de maître au piano, en passant par la tondeuse à gazon !

Et qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?

La recherche et les relations humaines. Si le notaire est une oreille pour les familles, le commissaire-priseur en est une autre.

Tu as un exemple de recherche ?

Bien sûr ! Je vais t’en donner deux. Il y a quelques années, j’ai travaillé sur un fonds de dessin, en vue de vente, de Joseph-Ferdinand Lancrenon, un élève de Girodet. C’était un travail passionnant ! Autre exemple : je suis en train de trier et classer près de 700 aquarelles de Philippe Dauchez, un peintre de marine mort il y a trente ans, en vue d’une vente qui aura lieu en octobre prochain à Drouot. J’en profite pour signaler qu’une partie des honoraires et des recettes de cette vente sera reversée à l’œuvre du Père Matthieu Dauchez à Manille.

Philippe Dauchez - L'île d'Elbe

Philippe Dauchez – L’île d’Elbe

En général, j’essaie de faire moi-même les recherches, cela dit, il faut savoir s’entourer. C’est vraiment passionnant de faire des recherches sur l’objet, son histoire, sa provenance, son caractère unique, son intégrité, le cadre dans lequel il a été conçu… Et c’est tout aussi passionnant de trouver un acheteur et de faciliter la transaction.

Quel objet t’a le plus marqué ?

Indéniablement une table à thé, portant une plaque de porcelaine de Sèvres ; cette table princière est la première d’une petite série (une douzaine) et la mieux préservée à ce jour. Ce meuble a obtenu le second prix pour un meuble français du XVIIIe siècle vendu en France. C’est un meuble merveilleux. Et pourtant, je l’ai trouvé conservé dans une simple chambre, sans que les propriétaires ne le mettent en valeur…

Certains affirment que le marché de l’art est en crise profonde. Qu’en penses-tu ?

Il serait difficile de donner une réponse complète, et donc forcément complexe, en quelques lignes. Cela dit, il faut être lucide : pour aimer les objets d’art, il est nécessaire d’avoir été formé, pas forcément de manière « académique », mais au moins d’avoir été formé au goût. C’est ce qui est en train de disparaître : on n’apprécie plus les belles choses car on recherche le fonctionnel et le pratique. On ne collectionne plus, on n’apprend plus à voir. Les gens ne sont plus sensibles à une émotion artistique, même s’ils courent visiter les expositions sans décrypter réellement les œuvres.

Julien Prouvot

Julien Prouvot

Alors que l’art est fondamental pour le bonheur de la personne humaine. Avec la spiritualité, c’est ce qui fait vibrer notre vie, tout en nous replaçant dans la grande continuité de nos prédécesseurs qui ont créé ces objets, dont nous sommes les dépositaires. Les objets d’art permettent de se réapproprier notre histoire, personnelle ou collective. C’est important, nous avons besoin de racines. Mon métier sert donc aussi à redonner le sens du beau, le sens de notre patrimoine et de l’excellence française.

Merci Julien !!

http://www.prouvotartpatrimoine.com

L’ensemble Velut Umbra en vidéo

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Les fidèles lecteurs d’Artetvia se souviendront peut-être des concerts pédagogiques organisés par l’animateur de ce site.

L’activité prenant de l’ampleur, un film de promotion a été tourné.

N’hésitez pas à la diffuser largement. Notre cible :

  • les écoles ;
  • les maisons de retraite ;
  • les centres de loisirs.

Mais aussi :

  • les particuliers : hé oui, cela nous est déjà arrivé. Un particulier ouvrant son salon à ses amis pour un concert privé. L’organisateur peut même demander une participation modique à ses invités – A vingt ou trente spectateurs, les frais sont remboursés et tout le monde a passé une excellente soirée, bien plus sympathique qu’un concert prestigieux à 150 euros la place !
  • les mairies : dans le cadre de la politique culturelle de la ville ou des actions en faveurs du public scolaire, etc… N’oubliez pas que, comme le dit Jacques Brel dans l’Aventure c’est l’aventure « La politique, c’est du show-business »
  • les entreprises : dans le cadre d’un moment de détente ou au milieu d’un séminaire de travail. Le lien avec les compétences requises en entreprise sont réels (clarté du discours, prise de parole en public, travail en équipe…).

Par avance, merci !

Ensemble Velut Umbra

L’église Saint-Eugène à Paris

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150ème article pour Artetvia ! Autant le consacrer à un sujet qui me tient à chœur : l’église Saint-Eugène à Paris. C’est une église qui m’est particulièrement chère à divers titres. Aujourd’hui, nous n’allons évoquer ni sa liturgie fastueuse, ni sa chorale paroissiale, dirigée par Henri de Villiers, ni son organiste titulaire Touve Ratovondrahety, également pianiste à l’Opéra, mais sa construction et son architecture.

Au XIXe siècle, les faubourgs parisiens débordent, la ville s’étend. Le faubourg Poissonnière se peuple. Pour assurer un « service spirituel  de proximité », il faut donc ériger de nouveaux lieux de culte, au-delà des boulevards. Grâce à la ténacité (et à la bourse) du premier curé, l’abbé Joseph Coquand, un projet est lancé : une église sera construite près de la rue du Faubourg-Poissonnière, à proximité de l’ancien hôtel des Menus-Plaisirs, qui, d’ailleurs, était davantage une administration dédiée aux cérémonies, fêtes et spectacles, qu’un lieu de plaisirs plus ou moins licites, et qui deviendra l’actuel Conservatoire d’Art Dramatique.

Sitôt le lieu choisi, la construction débute : elle sera très rapide, puisqu’en vingt mois (entre 1854 et 1856), tout est fait. Louis-Auguste Boileau, son architecte, a bien travaillé : il a pu faire sortir de terre une nouvelle église, révolutionnaire dans sa construction. Pourtant rien n’y paraît à première vue.

Eglise Saint-Eugène - FaçadeAujourd’hui encore, lorsque le passant longe la rue du Conservatoire, il remarque à peine ce bâtiment de taille relativement modeste, sans réel parvis, ni véritable clocher, ni décrochement marqué dans l’alignement des immeubles. Au sud, la façade néogothique, pastiche des constructions du XIIIe siècle, ne paie pas de mine – l’ensemble est sobre et dépouillé, même les niches sont vides de leurs statues. Le flanc ouest est passablement en mauvais état : une pierre rongée et salie par le temps et la pollution. Le visiteur pourrait s’arrêter là : circulez, il n’y a rien à voir ! S’il était un tantinet curieux, il entrerait dans l’édifice. Et là, le contraste est saisissant : l’intérieur de l’église est entièrement peint, les murs, les voutes, les colonnes. Rassurez-vous, rien de criard, mais plutôt un camaïeu de couleurs automnales rehaussées de vert et de bleu profonds. Quoiqu’assombrissant un peu l’ensemble, cela se marie bien avec le bois, très présent : balustrades, bancs de communion, chaire, sol en parquet, etc. Et puis, cette peinture masque la spécificité de cette église, la première du genre à Paris : sa structure est en métal et non en pierre. Hé oui, si les colonnes de la nef sont si minces, c’est tout simplement parce qu’elles sont en fonte. Bien sûr, l’église n’est pas une boîte en fer blanc : les murs sont construits tout de même en pierre, mais ils ne servent que de « remplissage », autour d’un squelette métallique. Ce qui permet du même coup de prendre la place la plus large possible dans cet espace restreint : pas de transepts, ni véritable bas-côtés, encore moins d’arcs-boutants. En plein Second Empire, c’était révolutionnaire, surtout pour un édifice religieux !

Eglise Saint-Eugène - Intérieur

Quand vous y entrez, vous sentez immédiatement une atmosphère paisible et priante. N’ayant pas subi les affres liturgiques des années 1970, le mobilier est dans son jus et utilisé, ce qui, évidemment, donne une certaine unité à l’ensemble. Admirez les beaux lustres et les verrières (de Gaspard Gsell et d’Antoine Lusson) qui rajoutent de la couleur dès que le soleil luit, les tribunes ou encore l’imposant baptistère.

Eglise Saint-Eugène - Autel

A la tribune, se dresse le monumental orgue, construit par Joseph Merklin, un Badois résidant à Bruxelles, pour l’exposition universelle de 1855 et monté à Saint-Eugène en 1856. Le buffet a néanmoins été construit par Boileau pour qu’il s’intègre au mieux dans l’édifice. C’est un instrument puissant mais à la sonorité très chaude, avec une spécificité organistique, les accouplements sont inversés, le récit étant le clavier totalisateur (et non le grand orgue).

L’église est placée sous le vocable de saint Eugène, un saint homme mort martyr à Deuil-la-Barre (Val-d’Oise) dont on ne connaît du reste pas très bien la vie. Mais c’est aussi (et surtout ?) le patron de l’impératrice Eugénie (les-larmes-aux-yeux ?), marraine de l’édifice.

Une chouette petite et belle église qui mérite une visite et même bien plus.

Eglise Saint-Eugène - Voûte

Les Ténèbres

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Ca y est, nous entrons bientôt dans la Grande Semaine. La liturgie catholique témoigne du caractère exceptionnel de ce sommet de la vie chrétienne, véritable centre de gravité de l’année liturgique. Si les offices de la messe solennelle de la Cène du jeudi, des Présanctifiés du vendredi et de la Vigile Pascale du samedi sont bien connus et fréquentés, les Ténèbres le sont beaucoup moins, malheureusement.

Les Ténèbres ? Ce sont tout simplement les matines des trois jours saints, chantées durant la nuit – d’où leur nom. Chaque office est composé de trois nocturnes, eux-mêmes comportant trois psaumes, trois leçons et trois répons, le tout s’achevant par la récitation des laudes. Après chaque psaume, un cierge est éteint et l’église est finalement plongée dans la nuit. Un unique cierge allumé demeure pourtant, placé momentanément derrière l’autel et symbolisant, comme le dit Dom Guéranger, le Christ crucifié, abandonné de tous mais vainqueur de la mort.

C’est long, mais c’est beau, très beau même ! Les textes sont magnifiques, tirés des écritures (psaumes, épître aux Hébreux, etc.) ou des commentaires de saint Augustin, sans oublier, pour le premier nocturne de chaque jour, les poignantes Lamentations du prophète Jérémie.

En France, aux XVIIe et XVIIIe siècles en particulier, la foule se pressait pour entendre ces longs offices, souvent chantés la veille au soir. Les plus grands compositeurs étaient alors sollicités pour mettre en musique tout ou partie de ces textes, dont la force émotive et spirituelle était pour eux une source inépuisable d’inspiration. Et ils s’en sont donnés à cœur joie !

C’est ainsi que l’on connaît bien, à juste titre car d’une grande beauté, les Leçons de Ténèbres de François Couperin (1668-1733), encore aujourd’hui maintes fois interprétées, malheureusement trop rarement dans un cadre liturgique. Citons également les nombreuses et belles pages de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : 153 numéros du catalogue de ses œuvres sont consacrés aux Ténèbres – le saviez-vous ? Le catalogue des œuvres de Charpentier a été réalisé en 1982 par un Américain du nom d’Hugh Hitchcock, c’est pour cela d’ailleurs que les œuvres sont numérotées HXXX. Un peu comme Köchel pour Mozart – Ou Guillaume-Gabriel Nivers (1632-1714), ayant composé par exemple un superbe Miserere pour les Ténèbres, à l’usage des demoiselles de Saint-Cyr. Michel-Richard de Lalande a lui aussi prêté sa plume et son génie pour des Leçons de grande qualité. Hors de France, le Padre Martini (1706-1784) est l’auteur de simples et sublimes répons à trois voix d’hommes chantés par exemple chaque année dans la paroisse Saint-Eugène de Paris.

Alors n’hésitez pas, venez, voyez et écoutez !

François Couperin

Cristobal de Morales

Martini – Enregistrement en « live » à Saint-Eugène

Exposition « Jean-Baptiste Charcot, l’explorateur légendaire » à Neuilly

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Cela faisait longtemps qu’Artetvia n’avait pas écrit de notice sur une exposition, la dernière était consacrée à Waterloo à la bibliothèque Paul-Marmottan. Aujourd’hui, filons à Neuilly.

« D’où vient donc l’étrange attirance de ces régions polaires […] d’où vient le charme inouï de ces contrées pourtant désertes et terrifiantes ? ». Cette question, Jean-Baptiste Charcot (1867-1936) se la posera durant toute sa vie de médecin explorateur ; une mystérieuse attirance qui lui donnera une stature de héros national… et finalement l’emportera.

Jean-Baptiste CharcotNé à Neuilly-sur-Seine en 1867, fils d’un neurologue de renom (le « fondateur » de la maladie qui porte son nom), le jeune Jean-Baptiste est envoyé dans la très élitiste et très laïco-protestante Ecole Alsacienne où il fait montre d’un grand talent pour le sport : plus tard, il sera champion de France de rugby et médaillé olympique en voile aux Jeux de 1910. Ses études de médecine achevées – il est docteur en 1895 – Charcot se tourne très vite vers les voyages et les explorations maritimes : remontée du Nil, croisières scientifiques au nord de l’Ecosse (îles Shetland, îles Hébrides), en Islande… Les régions froides l’attirent. Il passera donc le restant de ses jours à explorer les dernières contrées inconnues de la planète : les pôles. Deux grandes expéditions en Antarctique, dont des hivernages, puis, après la guerre, des voyages dans le nord : Islande, îles Féroé, Groenland. Cartographie, météorologie, zoologie, botanique, ethnographie (avec notamment Paul-Emile Victor), ses études sont complètes, précises et de grand intérêt. On lui doit en particulier une cartographie exceptionnelle des côtes de l’Antarctique. Le 16 septembre 1936, le Pourquoi pas ? fait naufrage sur les côtes d’Islande lors d’une violente tempête – personne ne survit sauf un timonier breton. La France pleure son héros et il a droit, malgré son peu de penchant pour la religion, à des funérailles nationales célébrées à Notre-Dame de Paris.

Jean-Baptiste CharcotNeuilly-sur-Seine l’a vu naître et lui rend hommage aujourd’hui par une courte mais belle et intéressante exposition. De très nombreuses photographies et films d’époque sont présentés, Charcot ayant très tôt senti l’importance de « médiatiser » ses recherches scientifiques. Ces documents exceptionnels permettent au public de s’immerger dans le rude quotidien d’un scientifique de haute volée travaillant dans un environnement particulièrement hostile. On reste d’ailleurs stupéfait des prouesses réalisées avec un matériel qui nous apparaît aujourd’hui comme très rudimentaire. Le confort n’était certainement pas le souci premier de ces héros…

Outre les photos, plusieurs objets sont présentés : des outils scientifiques (savez-vous ce qu’est un courantomètre ?), des maquettes de ces principaux bateaux (le Français et le Pourquoi pas IV ?, tous les deux navires à voiles) et surtout des objets personnels : son épée d’académicien (des sciences), ses nombreuses décorations, et même une paire de ski lui ayant appartenu.

Charcot dans la hune du Pourquoi pas ? (si, si !)

A noter aussi la présence de deux magnifiques tableaux du peintre de marine Marin Marie, qui a participé à deux expéditions avec Charcot.

A visiter absolument au théâtre des Sablons à Neuilly jusqu’au 27 avril 2017. En plus c’est gratuit !

Le duduk

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Le duduk ? Le duc de quoi ? Non ? Un canard alors. Non plus. Alors, ne serait-ce pas une fête populaire à Mons en Belgique. Caramba, encore raté.

Le duduk est un instrument de musique. De la famille des aérophones (c’est le terme « scientifique » pour dire instrument à vent) à anche double, comme notre hautbois occidental. Il est le fleuron et le plus emblématique des instruments d’Arménie. Pour les Arméniens, c’est l’instrument qui exprime le mieux l’esprit national – le Volkgeist diraient les Allemands. La légende dit même qu’il remonte au roi arménien Tigrane le Grand, roi d’Arménie entre 95 et 55 avant Jésus-Christ, preuve s’il en est qu’il est ancré dans l’histoire et la tradition de ce pays. Même s’il est joué principalement en Arménie, on le rencontre aussi en Azerbaïdjan, en Iran et en Géorgie.

DudukLe corps de l’instrument est fabriqué le plus souvent en abricotier, un bois relativement tendre, qui est d’abord mis à sécher pendant vingt ans au moins. Après seulement, le facteur pourra creuser le bois pour en obtenir ce curieux instrument au timbre chaud, doux, simple et légèrement nasillard. Le corps est percé de dix trous, huit dessus et deux dessous, soit deux trous de plus que la flûte à bec baroque et quatre que la tin whistle irlandaise (à six trous). L’anche, faite en roseau, est pincée par l’instrumentiste, dont le mouvement des lèvres viennent donner des vibrations supplémentaires qui produisent des effets caractéristiques de la musique arménienne. Contrairement au hautbois, l’instrumentiste gonfle largement les joues pour souffler. Autre spécificité, la main droite n’utilise pas la pulpe des doigts pour boucher le trou, mais une partie légèrement plus basse.

La taille du duduk oscille entre moins de trente centimètres pour les petits modèles à plus de quarante pour les grands, chaque modèle ayant une fonction traditionnelle : les petits pour les danses et les grands pour les chants poétiques.

Le duduk est toujours utilisé en Arménie pour les cérémonies familiales (mariages, funérailles…). C’est un instrument d’extraction populaire, mais qui a été utilisée par plusieurs compositeurs arméniens de musique savante, tels que le Père Komitas (dont la vie et l’œuvre méritent un article à eux-seuls). On regrette simplement qu’il ait été parfois dévoyé pour jouer de la world music insipide, un peu comme la mode de la musique dite « celte », il y a quelques années…

Cela dit, que c’est beau !

Connaître l’histoire de son monument !

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Aujourd’hui, pour la (seulement) deuxième fois en quatre ans d’existence, je vais profiter d’Artetvia pour faire découvrir aux lecteurs l’une de mes activités professionnelles : l’histoire et la valorisation du patrimoine. Voici donc une brève présentation que vous pourrez retrouver en détail sur le site du cabinet Alboflède. N’hésitez pas à me contacter via Artetvia ou Alboflède, je serai ravi de pouvoir répondre à vos questions… et travailler pour vous !

Vous êtes passionné d’histoire et de patrimoine et êtes l’heureux propriétaire d’un bien dont vous aimeriez connaître davantage l’histoire et les qualités architecturales. Ou bien, vous cherchez à débuter des travaux mais ne savez pas comment vous y prendre pour ne pas commettre d’impair. Vous avez bien ici ou là quelques archives, familiales ou appartenant aux anciens propriétaires, quelques documents d’érudits locaux, « on » vous a raconté des anecdotes plus ou moins vraies sur votre demeure. Mais rien de formalisé et de « gravé dans le marbre ». Comment faire ?

Vous souhaitez vendre votre bien. Pour des raisons variées. Bien entendu, vous en attendez le meilleur prix. Donnez-lui un supplément d’âme et de valeur ! Comment faire ?

Val d'OrciaVous avez ouvert votre bien historique au public ou bien vous avez le projet de le faire : visites guidées, chambres d’hôtes, lieu d’accueil de réception, etc… Le secteur des chambres d’hôtes et des lieux de réception dans un bâtiment historique est un secteur hautement concurrentiel. Nombreux sont en effet les châteaux et autres belles demeures qui accueillent ce type d’activité. Les caractéristiques purement « hôtelières » ont souvent un niveau de standing similaire : de belles chambres, des sanitaires de qualité, un accueil personnalisé, un environnement préservé, un service haut de gamme. Alors, comment se différencier ?

En prenant appui sur l’histoire de votre monument ! Il est unique. Valoriser l’histoire et les qualités artistiques du bien permet de proposer une offre unique en son genre. Le bâtiment qui vous accueille ou héberge votre activité touristique et culturelle n’est pas une simple « coquille », mais un atout. Le bâtiment est le fruit et le témoin d’une histoire, parfois prestigieuse, toujours singulière.

Qui plus est, ce type d’approche répond tout à fait à la demande des clientèles. L’histoire passionne les Français (82% d’entre eux affirment l’être – sondage pour la revue Historia paru en 2009), férus d’anecdotes et « de petits faits vrais ».  Les clientèles étrangères ne sont pas en reste et recherchent des visites et séjours qui « aient une saveur ».

Il faut bien reconnaître que souvent le temps a laissé des balafres dans le monument, cela peut être à cause :

  • de remaniements successifs qui semblent l’avoir dénaturé ;
  • d’un état général détérioré ;
  • de parties entières ayant disparu ;
  • d’une décoration intérieure et d’un mobilier réputés anachroniques.

Et pourtant, sans pour autant avoir l’assurance de découvrir une « pépite architecturale », le monument est peut-être, sans doute même, un exemple typique du bâti local ou au contraire une curiosité notable, un témoin de l’histoire de la région, une première référence d’un artiste devenu prestigieux… Les faits historiques se perdent avec le temps et ce sont eux qui parfois témoignent de la valeur artistique réelle de votre bâtiment.

En quoi consiste concrètement une étude historique ?

Il s’agit :

  • d’une présentation de l’histoire de votre monument : description architecturale, qualités artistiques, contexte d’histoire de l’art, chronologie de la construction et des propriétaires, anecdotes et détails historiques etc. Autant d’éléments qui attestent de l’authenticité de votre bien ;
  • d’une mise en perspective artistique et régionale : quelle est la place de ce monument dans l’histoire de l’art, de l’architecture, des arts décoratifs ? et dans les circuits touristiques de la région ? etc. ; le monument est replacé dans son contexte historique, social et artistique.
  • d’une démonstration scientifique par les archives : les informations transmises sont avérées, certifiées par les documents d’archives et non plus de vagues idées ;
  • d’un dossier iconographique exhaustif : photographies anciennes et actuelles, plans, et tout autre document graphique qui sera retrouvé dans les fonds d’archives.

Les sources

Léonore Losserand - ArchivesChaque étude est réalisée à partir des archives disponibles et de la bibliographie scientifique, c’est-à-dire uniquement de sources sûres et authentiques. En fonction du bien que vous possédez, de son ancienneté, de la capacité de ses anciens propriétaires à conserver leurs archives, de ses qualités artistiques, nous partons à la recherche de toutes les informations qui donneront encore plus de cachet et d’authenticité à la connaissance de votre propriété.

Par exemple, voici les archives utilisées dans le cadre d’une étude pour un château situé en région Rhône-Alpes.

  • Archives départementales, cadastres (P), archives communales, documents graphiques et iconographiques (Fi), hypothèques (Q), notaires (E), administrations contemporaines (W), travaux communaux (S), société d’émulation locale, fonds privés (J).
  • Etude en bibliothèques : bibliographie générale sur la commune, bibliographie spécialisée (architecture régionale, architecte, matériaux etc.), iconographie ancienne (cartes postales, plans, photographies etc.).
  • Fonds d’archives généraux : Bibliothèque nationale (Estampes), Institut français d’architecture (XIXe-XXe siècles), documentation du musée d’Orsay (architecte, commune).
  • Archives administratives : documentation du service régional de l’inventaire, STAP (Service Territorial de l’Architecture et du Patrimoine), archives communales.
  • Archives privées du propriétaire.

Sous quelle forme s’effectue le rendu de l’étude ?

Le rendu d’une étude historique peut prendre deux formes :

  • Un rapport « scientifique » exhaustif, comportant un texte complet de l’histoire du domaine et du monument, une chronologie, un plan de restitution et de datation, un recueil iconographique.
    • La taille est variable selon les archives disponibles (entre 50 et 200 pages).
    • Il peut vous servir également comme appui pour vos demandes de subventions, comme outil préalable à des projets de travaux, comme support de formation du personnel à l’histoire de lieu… et aussi dans le cas de la vente du bien.
  • Un document plus « grand public », synthétisant le rapport scientifique, largement illustré (documents anciens, mais aussi photographies actuelles et parfois même dessins originaux), utilisant des outils didactiques efficaces (chronologie, schémas et tableaux).
    • A partir de ce document, vous pourrez assurer la publication d’un « beau » livre, illustrer des plaquettes de présentation de votre hôtel, apporter du contenu au site internet…
    • Le cabinet peut se charger de l’impression d’un livre ou d’une plaquette.

 

N’hésitez donc pas à me contacter et à diffuser autour de vous !

Gerberoy - Jardins

L’orgue, le roi des instruments (II)

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Il y a bien longtemps qu’Artetvia n’avait pas publié. Il faut dire que les dernières semaines ont été très chargées, le gentil organisateur de ce site ayant d’autres activités professionnelles qui peuvent être prenantes – hé non, il ne vit pas d’Artetvia, mais alors pas du tout.

Poursuivons donc notre visite de l’orgue, le roi des instruments. Dans le dernier article, vous avez pu (re)découvrir son fonctionnement à la fois simple – de l’air dans un tuyau – et éminemment complexe, ainsi que son histoire, des anciens Grecs et leur hydraulos jusqu’à nos jours.

Voyons aujourd’hui le répertoire, les compositeurs, les instrumentistes… bref, la partie musicale de l’instrument et non plus la seule organologie de l’orgue (c’est beau les mots savants…).

Premier point, le répertoire de l’orgue est intimement lié à la liturgie, catholique ou protestante. Même s’il existe des salles de concert avec orgue et des pièces profanes (comme le boléro de Lefébure-Wély), la plupart des instruments sont construits dans une église, pour la liturgie. Comme elle est censée préfigurer le Ciel, les hommes ont eu à cœur d’offrir au culte ce qu’il y a de plus beau. La musique en fait partie.

Dans ce cadre, l’orgue a une fonction – comme la trompette sonnant la charge ou le chant du laboureur… ou du supporter. Ce n’est pas simplement un instrument à but esthétique. Des fonctions, il en a même plusieurs. La première est de soutenir le chant : il aide les chanteurs à accomplir leur travail de chantres, en assurant la justesse, le rythme et le volume sonore.

Le chant premier de l’Eglise catholique est le chant grégorien, depuis les origines jusqu’à nos jours. Celui-ci devait être chanté a cappella. Donc pas d’orgue. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, et notamment à l’église Saint-Sulpice de Paris, que l’orgue se mettra à accompagner le chant – cela jasa dans les chaumières… Auparavant, le plain-chant était exécuté a cappella ou alors soutenu par le serpent qui doublait les voix de son son grave et profond. Le serpent était sollicité notamment pour les processions en extérieur – si vous avez déjà chanté dehors, vous saurez que ce n’est pas évident du tout… Ou alors dans les cathédrales et les grandes églises pour aider à « remplir » le bâtiment… et parce que ces églises avaient les finances pour payer un serpentiste.

L’orgue accompagne aussi le chant sacré, polyphonique ou non, celui de la chorale, celui de l’assemblée. Les partitions peuvent être spécifiquement écrites pour l’orgue, mais le plus souvent, l’orgue accompagne « à vue » les pièces, ce qui nécessite de solides compétences en matière d’harmonisation.

Deuxième fonction de l’orgue, le jeu soliste. Qui commence par l’improvisation. Au cours des messes basses avec orgue, ou des messes chantées, l’orgue joue quasiment tout le temps, en « comblant les vides » lorsque la durée du chant est inférieure à celle de l’action liturgique. C’est là que l’organiste fait montre de ses talents. Le plus souvent, il brode sur le thème du chant précédemment interprété (pièce grégorienne ou autre). Le toucher de l’instrumentiste, sa sensibilité compte pour beaucoup. Il doit bien évidemment s’adapter aux différents moments de la liturgie, choisissant avec soin les jeux utilisés.

 – Sur l’orgue bien connu de Saint-Maximin.

A noter qu’avant le XVIIIe siècle, l’orgue pouvait avoir une fonction de « chantre », remplaçant le chœur, en « chantant » la mélodie. Par exemple, l’alternance des Kyrie au début de la messe, ou même au Gloria et au Credo. Autre exemple notable : dans la tradition parisienne, les versets impairs des proses étaient chantés par l’orgue.

Enfin, le plus connu, mais qui dans la hiérarchie arrive en dernière position, l’orgue est utilisé pour jouer des morceaux spécifiquement écrits pour lui, à la place de la polyphonie en quelque sorte, un unique instrumentiste pouvant ainsi remplacer un chœur entier. C’est là qu’intervient le génie des différents compositeurs, nombreux, qui ont écrits pour cet instrument.

Il serait fastidieux et inutile de les citer tous. Il faut savoir simplement que la France a été et est toujours en pointe dans ce domaine, notamment au cours de deux périodes, la fin du XVIIe et le XVIII siècle, avec Couperin, Daquin, Balbastre, Nivers… Et puis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe : les noms de Franck, Saint-Saens, Fauré, Widor, Boëllman, Vierne, Dupré, ne vous sont certainement pas inconnus, mais il y a aussi Dubois, Guilmant, la Tombelle, etc. Sans oublier, un peu plus tard, Maessien. En fait, la plupart des grands compositeurs de cette époque étaient organistes (avec des exceptions évidemment, comme Ravel ou Debussy).

En Allemagne, une immense école d’orgue existe, avec bien entendu la personnalité géniale de Jean-Sébastien Bach, mais aussi Buxtehude, Haendel, Pachelbel, Muffat…

Il faut reconnaître que l’essentiel de la production organistique vient de ses deux pays, même si de brillants organistes et compositeurs viennent d’autres pays : Frescobaldi en Italie, Padre Soler en Espagne (mais il est surtout claveciniste).

A partir du XXe siècle et les techniques d’enregistrement, le jeu de l’orgue lui-même, avec les improvisations, va prendre une place particulière : si Pierre Cochereau a peu écrit, il est l’un des « praticiens » majeurs de l’orgue dans la deuxième moitié du XXe siècle ; et les enregistrements de ses improvisations font date.

Bon, nous allons pouvoir enfin parler des pièces elles-mêmes. Comme cet article est déjà long, ce dernier aspect fera l’objet d’un troisième article. Il le faut pour le roi des instruments !

 – Lefébure-Wély – Boléro – Op. 166.

L’orgue, le roi des instruments (I)

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On le connaît tous ! Qui n’a pas entendu ce roi des instruments dans une église ? A la fois puissant et délicat, il nous paraît très familier. C’est l’orgue !

Et pourtant, savons-nous comment il fonctionne ? Connaissons-nous son histoire ? Comment donc, à partir d’un ou plusieurs clavier(s) et d’un pédalier, l’instrumentiste peut-il émettre des sons si différents et au final, « prendre la place de l’orchestre » ?

Le sujet étant si vaste et complexe qu’aujourd’hui nous allons simplement découvrir l’histoire de cet instrument. Le répertoire viendra après.

Au commencement était le souffle. Si l’orgue partage le mécanisme du clavier avec le piano, les deux instruments sont totalement différents. L’un est un instrument à cordes (frappées), l’autre un instrument à vent, comme la flûte à bec, par exemple – d’ailleurs le son des notes les plus graves de l’orgue ressemble beaucoup à celui d’une flûte basse. Dans les deux cas, le son est émis en soufflant de l’air dans un tuyau. Voilà ce qu’est l’orgue : une série de tuyaux dans lesquels passe de l’air, et qui, du même coup produisent un son dont la hauteur dépend de la taille de la colonne d’air et donc de la taille du tuyau. C’est simple, non ? Bon, évidemment, pour arriver aux orgues majestueuses de nos églises, il a fallu du temps, de l’ingéniosité et pas mal d’huile de coude.

On pense que les inventeurs de l’orgue sont les Grecs, avec leur hydraulos, signifiant en gros « flûte d’eau », la pression de l’eau faisant varier la pression de l’air, donc le son ; repris par les Romains, il disparaît quasiment de l’Occident pendant les invasions barbares. En revanche, à Byzance, il était toujours utilisé à la cour impériale comme instrument de loisirs et d’apparat.

Il réapparait progressivement en Europe occidentale au début du Moyen-Age, avec désormais une utilisation bien spécifique : la liturgie. L’instrument servait d’abord à soutenir le chant. Au fur et à mesure des siècles, il prendra davantage de place en jouant des pièces en instrument soliste. Encore aujourd’hui, la plupart des instruments sont placés dans un édifice religieux, hormis quelques exemplaires installés dans des salles de spectacle (à la salle Gaveau – mais qui ne fonctionne plus – à la Maison de la Radio, etc.).

Cathédrale Notre-Dame - Paris - Orgue

Cathédrale Notre-Dame – Paris

Très rapidement, il devient un objet convoité et admiré des églises – et les premiers organistes « stars » apparaissent. On a gardé par exemple le nom de tous les titulaires des grandes orgues de Notre-Dame de Paris depuis Jean de Bruges, au début du XIVe siècle jusqu’à Olivier Latry de nos jours.

Jusqu’au XVIe siècle environ, il existait des orgues portatifs. L’instrumentiste actionnait un soufflet d’une main et les touches de l’autre. On peut imaginer aisément les limites d’un tel instrument.

Eglise Saint-Gervais - Paris - Orgue

Eglise Saint-Gervais – Paris – Orgue

Parallèlement, les orgues permanentes (ah oui, vous le savez sûrement, orgue est masculin au singulier et féminin au pluriel – comme amour et délice – les joies savoureuses de la langue française) prennent de l’ampleur et de la puissance. Au XIIIe siècle, les premiers claviers sont montés, remplaçant les tirettes malcommodes. Un siècle plus tard est attestée l’apparition du pédalier, notamment en Italie. Encore un siècle de plus et l’on voit se développer la notion de « jeu », c’est-à-dire, une rangée de tuyaux de même nature produisant un son identique (sauf leur hauteur évidemment), permettant ainsi de faire varier la sonorité et la puissance de l’instrument. A partir de ce moment-là, les facteurs d’orgue vont rivaliser de créativité pour créer les jeux les plus divers. L’accouplement va suivre, c’est-à-dire, le fait de pouvoir actionner plusieurs claviers en même temps, à partir d’un seul et donc d’actionner les registres (les jeux) qui lui sont associés. C’est ainsi que l’on peut dire qu’à la période baroque, les grands principes de l’orgue actuel sont établis.

Ce qui ne veut pas dire que l’évolution de l’instrument était achevée. A la fin du XIXe siècle, les célèbres facteurs Merklin et Cavaillé-Coll ont ainsi imaginé et conçu des techniques mécaniques améliorant la qualité du son et surtout sa « couleur » orchestrale. Les orgues devinrent alors des instruments extrêmement puissants, volumineux et complexes. L’arrivée de l’électricité puis de l’électronique vint remplacer les procédés mécaniques, ouvrant des possibilités de jeu quasi infinies, au détriment peut-être de la cohérence musicale. Encore aujourd’hui, il existe des facteurs d’orgue qui réparent les anciens instruments et en créent de nouveaux, perpétuant des savoir-faire centenaires, issus de générations d’ingénieux artisans qui ont produit les plus grands instruments de musique du monde.

Eglise Saint-Sulpice - Paris - Clavier

Eglise Saint-Sulpice – Paris – Clavier

Voilà pour l’histoire. Quant à l’instrument lui-même, il faut dire qu’il s’impose. C’est un monument à lui seul. Il est composé d’une console où sont placés les claviers et pédaliers, ainsi que les commandes des jeux et d’un buffet comportant la forêt de tuyaux, la soufflerie (désormais électrique, mais avant, il fallait du personnel pour la mettre en branle) et le sommier qui fait l’interface entre la soufflerie et la tuyauterie. Le buffet lui-même est souvent un objet d’art, richement décoré ou au contraire très sobre, qui fait partie intégrante des qualités architecturales d’un édifice. Sa position dans l’église a varié : au fond de l’église sur la façade intérieure (le plus souvent), sur le côté en nid d’hirondelle (comme à Chartres par exemple), dans le chœur (c’est l’orgue de chœur, de taille plus modeste, servant principalement à l’accompagnement), derrière l’autel, etc… Tout dépend de la place disponible et des contraintes pratiques.

La prochaine fois que vous rentrerez dans une église, pensez à regarder l’orgue !

En attendant la suite de l’article sur le répertoire, écoutons tout de même deux pièces d’orgue, représentatives des deux grandes périodes de l’école française.

Louis-Claude Daquin (1694-1772) – Noël suisse, douzième et dernier Noël pour l’orgue (édité en 1757).

Léon Boëllmann (1862-1897) – Suite gothique pour orgue (1895).

Manon Iessel, l’enfance en dessin

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Nombre de lecteurs d’Artetvia – et surtout de lectrices – ont certainement eu le plaisir de lire dans leur enfance les romans de Thérèse de Marnyhac, plus connue sous le nom de T. Trilby. Ces histoires charmantes, fraîches et très morales – ce qui n’exclut pas des passages plus difficiles (nous ne nageons pas dans de la guimauve ouatée, vraiment pas, relisez donc En avant !) – ont été illustrées pour la plupart d’entre elles par une artiste au style inimitable, aisément reconnaissable : Manon Iessel. Mais qui est-elle en réalité ?

Manon Iessel - Dadou gosse de ParisManon Iessel est née en 1909. Elle fut d’abord formée par son grand-père maternel, artiste de son état qui l’encouragea dans sa vocation de peintre et illustrateur. Sa mère elle-même était peintre amateur. Elle entra ensuite dans l’atelier d’Adrien Bruneau, peintre, décorateur, enseignant à l’école Boulle, créateur de la cinémathèque de la Ville de Paris.

Au début des années 1930, très jeune donc, elle débuta une très longue (30 ans) collaboration d’illustratrice pour les éditions pour la jeunesse Gautier-Languereau, célèbres pour son personnage de « bande-dessinée » pour enfants, mais peu appréciée par les Bretons, Bécassine (dessinée par Joseph Pinchon).

Manon Iessel - Coco de FranceElle illustra de très nombreux romans, notamment la plupart des œuvres de T. Trilby. On lui doit aussi des illustrations pour des revues de jeunesse (Bernadette, Ames vaillantes, Capucine…). Elle a travaillé également pour la publicité, en dessinant des affiches, cartes postales, pochettes de disques et même des catalogues de vêtements pour enfants. Elle finit sa vie modeste et tranquille en 1985.

Son style est à la fois très personnel et très « de son époque ». De son époque, car elle adopte les caractéristiques de l’Art Déco : un trait vif mais pas nerveux, clair, précis, presque géométrique. Très graphique. Très personnel, car on sent qu’elle savoure à croquer un enfant joufflu, une fillette espiègle, un garnement parisien. Son dessin est tout en sensibilité, sans sensiblerie, charmant et frais.

Manon Iessel - Jerry dans l'ombreLes aquarelles originales passent parfois en vente aux enchères. Les prix restent raisonnables.

Alors, si vous ou vos enfants lisez un roman de Trilby, prêtez attention aux dessins. Vous serez conquis, à n’en pas douter.

Manon Iessel - Fantaisies estivalesManon Iessel - Couverture de CapucineManon Iessel - Catalogue