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C’est l’un des ensembles de musique ancienne à la mode, il se produit à guichet fermé et les disques s’arrachent. Découvrons-le sous la forme d’abécédaire.

A, comme arpeggiata : l’ensemble musical s’appelle ainsi. C’est surtout le nom d’une pièce de Johannes Hieronymus Kapsberger. Né à Venise en 1580 et mort à Rome en 1651, c’est l’un des plus grands compositeurs pour théorbe et chitarrone. La toccata arpeggiata est tout aussi redoutable que belle.

B comme instruments bizarroïdes : l’Arpeggiata en est le spécialiste. Avec le psaltérion, le cornet à bouquin, le lirone, la violetta (un violon à trois cordes), le dulcimer, etc. l’ensemble nous fait découvrir des instruments peu connus. Mention spéciale pour le psaltérion, une « marque de fabrique » de l’Arpeggiata, nécessitant une grande dextérité. Le son aigrelet de cet instrument contraste avec les cordes frottées. Magnifique !

C comme cornet à bouquin : Doron David Sherwin, le cornettiste, produit avec son instrument un son velouté qui tranche avec les cordes. C’est même le seul instrument à vent de l’ensemble !

D comme décevant : jouons les grincheux. Si les premiers albums sont splendides, les deux derniers le sont beaucoup moins. A force de proposer une musique populaire mâtinée de musique actuelle ou de musique du monde, cela devient de la bouillie. De la musique baroque tournée trop jazz cela devient indigeste : des rythmes très « jazzy » comme dans le magnifique album All’Improviso, ça va, mais pas plus. Donc oubliez les albums Mediterraneo et Music for a while. Les 10 autres albums sont superbes, fort heureusement.

L'arpeggiataF, comme fous, ils le sont assurément ! Il suffit de regarder quelques vidéos pour s’apercevoir de leur implication totale dans cette musique envoûtante et attachante.

I, comme improvisations : comme l’explique Christina Pluhar, les instrumentistes sont tous de parfaits improvisateurs. La musique ancienne « savante » laissait une part d’improvisation, alors que dire de la musique populaire ! Sauf qu’improviser ne signifie pas jouer n’importe quoi. De nombreuses règles et habitudes structurent la musique libre, et dépendent des lieux, des époques et du style de musique. Et c’est là qu’arrive le génie de ces interprètes.

J comme Jaroussky : le célèbre contre ténor est désormais un habitué des disques et concerts avec l’Arpeggiata. Cet aspect « musique grand public » vient avantageusement compléter une carrière très « sage ». Il faut lui reconnaître une voix très pure et une technique vocale parfaitement maîtrisée. On le voit même faire le clown sur scène, de manière presque naturelle.

K comme les King’s singers : ce célèbre ensemble vocal anglais – sans doute le meilleur au monde – a participé à l’album Los Impossibles. L’alchimie entre la démesure de l’Arpeggiata et leur flegme tout britannique produit un résultat merveilleux.

L comme Luciana Mancini : une révélation ! Avec la chaleur de ses origines chiliennes et la rigueur et la précision de sa formation européenne (aux Pays-Bas qui plus est). Une voix grave et rauque, le physique de l’emploi, une vraie présence sur scène. Superbe !

M comme marketing : il faut reconnaître qu’ils y sont doués : albums très travaillés, invités de marque, une pointe d’exotisme pour attirer le public et renouveler son intérêt. Ils ont trouvé le créneau qui fonctionne bien et ils y restent.

P, comme Pluhar, Christina de son prénom : maître d’œuvre de l’ensemble. D’origine autrichienne, elle est théorbiste, harpiste, luthiste. La musique un peu débridée qu’elle propose est solidement assise sur une intime connaissance théorique de la musique ancienne et de sa pratique.

R, comme recherche : les albums sont tous l’aboutissement d’une solide recherche musicologique. Les partitions sont exhumées des vieux fonds oubliés et leur interprétation est toujours justifiée. Les effets de manche n’empêchent pas la rigueur scientifique.

S, comme succès : l’ensemble a sûrement fait quelques jaloux. Hé oui, ses albums se vendent comme des petits pains et les concerts ne désemplissent pas. Et cette musique doit certainement toucher au-delà du milieu restreint des baroqueux. Tant mieux.

T, comme tarentelle : Antidotum Tarentulae sans doute l’album qui a fait connaître l’ensemble au grand public. Cette danse « thérapeutique » d’origine sicilienne permettait de réveiller les personnes piquées par la tarentule et tombées du même coup dans une léthargie dont seule la musique pouvait les en sortir. Un album exceptionnel !

V comme Vincenzo Capezzuto : entre Luciana Mancini, la suédo-chilienne à la voix rauque, Vincenzo Capezzuto, le ténorino campanien à la voix très étrange et Marco Beasley dont la voix fait pâmer les jeunes filles, l’ensemble a un petit côté « animal de foire ». La singularité a toujours attiré. Vincenzo Capezzuto est à la fois danseur et chanteur. Son timbre est étonnant mais que c’est beau !

 

Je vous laisse compléter cet abécédaire à moitié achevé car laissons la place à la musique.

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