Étiquettes

, ,

Le dernier compositeur ayant fait l’objet d’un article sur ce site était Barbara Strozzi. Aujourd’hui, je vous propose de nous pencher sur la vie (un peu) et l’œuvre (un peu plus) de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville dont la musique est si belle qu’elle fit dire à une amie que si elle était née au XVIIIème siècle, elle l’aurait assurément épousé !

Mondonville est né à Narbonne le jour de Noël 1711 (ou 1715 selon certains biographes). Très jeune, il apprend la musique… avec son musicien de Père. Il est violoniste et s’impose comme un virtuose de cet instrument, en occupant par exemple le poste de premier violon à Lille à partir de 1735. Toute son œuvre portera d’ailleurs la « griffe » du violoniste qu’il fut, à la fois dans le style d’écriture et dans l’utilisation « maximaliste » de cet instrument, en le mêlant intimement aux voix. Le célèbre pastel de Maurice-Quentin de la Tour le représente d’ailleurs avec son violon.

Jean-Joseph_Cassanéa_de_MondonvilleQuittant la province, il est engagé au Concert Spirituel en 1738 dont il assumera la direction de 1755 à 1762. Par ailleurs, en 1744, il prend la charge de sous-maître de la Chapelle du Roi, succédant à Charles-Hubert Gervais (encore un compositeur trop méconnu).

Il meurt en 1772 à Paris, les dix dernières années de sa vie n’étant pas les plus roses pour lui, avec en particulier l’échec retentissant de son Thésée : on l’a accusé d’avoir repris un livret de Quinault, pourtant déjà choisi par Lully près d’un siècle auparavant.

Nous avons donc devant nous un compositeur placé au cœur même des grandes institutions musicales françaises de son époque et qui, de fait, a été au contact de l’élite musicale et des grands courants de France et d’Europe, en particulier italiens.

Son œuvre comporte principalement de la musique instrumentale, des opéras et des motets. Si ces opéras ont un intérêt certain, notamment le Carnaval de Parnasse (1749) et surtout Titon et l’Aurore (1753), dans le style de Rameau (ou vice versa), nous nous attacherons surtout dans cet article aux motets : ils sont magnifiques (et puis, comme il est dit ici, Artetvia n’est pas une encyclopédie et dépend du choix totalement arbitraire et plénier de l’auteur).

Mondonville nous laisse 17 grands motets dont huit sont perdus, tous exceptionnels (en tous cas, tous ceux que j’ai écoutés) ; on compte en outre 2 petits motets, 3 motets français pour voix seule et 3 oratorios hélas perdus, composés sur des textes français et non latins – ce qui est d’ailleurs dans l’air du temps – une sorte de désacralisation du drame sacré.

La structure de ces pièces est assez typique du grand motet français : des versets épars de psaume, 5 voix et un ensemble instrumental, une alternance de chœurs et de parties solistes, des récitatifs… Michel-Richard de Lalande ne serait pas perdu, même 50 ans après sa mort.

Il le serait davantage quant au style ! En effet, comment caractériser la musique de Mondonville ? Eblouissante et gracieuse. Au-delà des seuls motets, Mondonville propose une musique très inventive, avec des effets particulièrement recherchés et des œuvres d’une conception audacieuse : un Concert à 3 chœurs, un Concert de violon avec Chant

L’influence de l’opéra est indéniable : le 4ème verset de Dominus Regnavit (Elevaverunt flumina) est une musique descriptive que l’on pourrait facilement retrouver à l’opéra et, il faut le dire, plus italianisant que français. Les voix et les instruments sonnent bien ensemble, avec quelques morceaux de bravoure pour les cordes… et pour les cordes vocales !

Autre succès du compositeur est le motet In Exitu Israel, composé en 1753 et qui un modèle du grand motet à la française. Un premier verset en plain chant, un deuxième en faux-bourdon que je trouve personnellement merveilleux, un troisième dévolu au chœur, un quatrième au soliste, etc… Une écriture dramatique, très « profane », mais en même temps bien adapté au texte du psaume. Chaque partie est un petit bijou !

Les autres motets : De Profundis, Cantate Domino, Nisi Dominus, Venite Exultemus… sont de la même veine !

Très Français, mais influencé par l’Italie, très baroque, mais où pointe déjà le classicisme, héritier d’une longue tradition musicale, mais le renouvelant de manière éblouissante, Mondonville reste un compositeur majeur du XVIIIème siècle français qu’il reste maintenant à écouter et à faire écouter !

« Les fleuves élèvent, ô Yahweh, les fleuves élèvent leurs voix, les fleuves élèvent leurs flots retentissants » (Psaume 93, traduction Crampon)

Un extrait sublime du Caeli enarrant : écoutez la montée… et la descente du choeur pendant le chant du soliste

Addendum : un fidèle lecteur vient d’apporter quelques précisions fort intéressantes sur la musique de cette époque – message que vous trouverez en commentaire de cet article (ci-dessous)

Publicités