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150ème article pour Artetvia ! Autant le consacrer à un sujet qui me tient à chœur : l’église Saint-Eugène à Paris. C’est une église qui m’est particulièrement chère à divers titres. Aujourd’hui, nous n’allons évoquer ni sa liturgie fastueuse, ni sa chorale paroissiale, dirigée par Henri de Villiers, ni son organiste titulaire Touve Ratovondrahety, également pianiste à l’Opéra, mais sa construction et son architecture.

Au XIXe siècle, les faubourgs parisiens débordent, la ville s’étend. Le faubourg Poissonnière se peuple. Pour assurer un « service spirituel  de proximité », il faut donc ériger de nouveaux lieux de culte, au-delà des boulevards. Grâce à la ténacité (et à la bourse) du premier curé, l’abbé Joseph Coquand, un projet est lancé : une église sera construite près de la rue du Faubourg-Poissonnière, à proximité de l’ancien hôtel des Menus-Plaisirs, qui, d’ailleurs, était davantage une administration dédiée aux cérémonies, fêtes et spectacles, qu’un lieu de plaisirs plus ou moins licites, et qui deviendra l’actuel Conservatoire d’Art Dramatique.

Sitôt le lieu choisi, la construction débute : elle sera très rapide, puisqu’en vingt mois (entre 1854 et 1856), tout est fait. Louis-Auguste Boileau, son architecte, a bien travaillé : il a pu faire sortir de terre une nouvelle église, révolutionnaire dans sa construction. Pourtant rien n’y paraît à première vue.

Eglise Saint-Eugène - FaçadeAujourd’hui encore, lorsque le passant longe la rue du Conservatoire, il remarque à peine ce bâtiment de taille relativement modeste, sans réel parvis, ni véritable clocher, ni décrochement marqué dans l’alignement des immeubles. Au sud, la façade néogothique, pastiche des constructions du XIIIe siècle, ne paie pas de mine – l’ensemble est sobre et dépouillé, même les niches sont vides de leurs statues. Le flanc ouest est passablement en mauvais état : une pierre rongée et salie par le temps et la pollution. Le visiteur pourrait s’arrêter là : circulez, il n’y a rien à voir ! S’il était un tantinet curieux, il entrerait dans l’édifice. Et là, le contraste est saisissant : l’intérieur de l’église est entièrement peint, les murs, les voutes, les colonnes. Rassurez-vous, rien de criard, mais plutôt un camaïeu de couleurs automnales rehaussées de vert et de bleu profonds. Quoiqu’assombrissant un peu l’ensemble, cela se marie bien avec le bois, très présent : balustrades, bancs de communion, chaire, sol en parquet, etc. Et puis, cette peinture masque la spécificité de cette église, la première du genre à Paris : sa structure est en métal et non en pierre. Hé oui, si les colonnes de la nef sont si minces, c’est tout simplement parce qu’elles sont en fonte. Bien sûr, l’église n’est pas une boîte en fer blanc : les murs sont construits tout de même en pierre, mais ils ne servent que de « remplissage », autour d’un squelette métallique. Ce qui permet du même coup de prendre la place la plus large possible dans cet espace restreint : pas de transepts, ni véritable bas-côtés, encore moins d’arcs-boutants. En plein Second Empire, c’était révolutionnaire, surtout pour un édifice religieux !

Eglise Saint-Eugène - Intérieur

Quand vous y entrez, vous sentez immédiatement une atmosphère paisible et priante. N’ayant pas subi les affres liturgiques des années 1970, le mobilier est dans son jus et utilisé, ce qui, évidemment, donne une certaine unité à l’ensemble. Admirez les beaux lustres et les verrières (de Gaspard Gsell et d’Antoine Lusson) qui rajoutent de la couleur dès que le soleil luit, les tribunes ou encore l’imposant baptistère.

Eglise Saint-Eugène - Autel

A la tribune, se dresse le monumental orgue, construit par Joseph Merklin, un Badois résidant à Bruxelles, pour l’exposition universelle de 1855 et monté à Saint-Eugène en 1856. Le buffet a néanmoins été construit par Boileau pour qu’il s’intègre au mieux dans l’édifice. C’est un instrument puissant mais à la sonorité très chaude, avec une spécificité organistique, les accouplements sont inversés, le récit étant le clavier totalisateur (et non le grand orgue).

L’église est placée sous le vocable de saint Eugène, un saint homme mort martyr à Deuil-la-Barre (Val-d’Oise) dont on ne connaît du reste pas très bien la vie. Mais c’est aussi (et surtout ?) le patron de l’impératrice Eugénie (les-larmes-aux-yeux ?), marraine de l’édifice.

Une chouette petite et belle église qui mérite une visite et même bien plus.

Eglise Saint-Eugène - Voûte

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