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Une nouvelle fois, j’ai la joie de laisser la plume à Jean-Baptiste Champion, marchand d’art de son état, mais également fin musicien. Il va nous parler aujourd’hui de Michel-Richard Delalande, l’un des plus grands compositeurs du Grand Siècle !

Il existe des artistes géniaux adulés en leur temps et toujours admirés de nos jours. Il y a ceux qui étaient peu connus à leur époque mais dont le génie a été reconnu avec le temps et qui prennent leur revanche aujourd’hui. Et puis, il y a ceux qui furent grands, qui occupèrent de hautes fonctions, qui furent même pour certains couverts de gloire, mais qui étonnamment tombèrent ensuite dans l’oubli… Michel-Richard Delalande (ou de Lalande) fait partie de cette dernière catégorie, malheureusement.

Michel-Richard Delalande

Michel-Richard Delalande

Aujourd’hui, le monde entier connait Jean-Baptiste Lully, l’associant à juste titre de manière instantanée à Louis XIV… mais oubliant au passage que le compositeur d’origine florentine mourut en 1687, 28 ans avant la disparition du grand roi. Il s’en passe des choses en 28 ans, surtout sous un roi qui ne peut se passer de musique…

Né en 1657 à Paris, Delalande était prédestiné à la musique. Enfant de choeur à l’église royale de Saint-Germain-l’Auxerrois (où il côtoie notamment le grand Marin Marais), Michel-Richard intègre rapidement la maîtrise de cette église, n’hésitant pas, par ailleurs, à apprendre seul à jouer de plusieurs instruments. Ambitieux, le jeune homme se présente dès l’âge de vingt ans comme violoniste de l’Académie royale de musique, puis comme organiste de la Chapelle royale. Il est recalé. Il devient alors organiste à l’église Saint-Louis des Jésuites (l’actuelle église Saint-Paul-Saint-Louis – note d’HV) dans le Marais (un très beau poste pour un musicien de son âge), puis à Saint-Gervais où il assure une sorte d’intérim pendant six ans, en attendant que François Couperin soit en âge de succéder à son père. Il commence alors à être connu et obtient le poste de maître de musique des filles légitimées de Louis XIV, franchissant de cette manière un premier pas dans le monde de la Cour.

Jean-Baptiste Lully

Jean-Baptiste Lully

1683 est la date charnière de la vie de Delalande. Louis XIV, nouvellement installé dans son château de Versailles, souhaite renouveler l’équipe des sous-maîtres de la Chapelle royale. Un grand concours est lancé, auquel participeront les plus grands compositeurs du temps, venus parfois même de l’étranger. Michel-Richard, 26 ans, est sur les rangs parmi les trente-cinq participants ! Il réussit la première épreuve au terme de laquelle ils ne sont plus que seize (dont Marc-Antoine Charpentier) face à un impressionnant jury, dont le roi, le dauphin, Lully, Bossuet, etc. C’est ici que Charpentier, malade, abandonne. C’est sans doute la chance de Delalande. Au terme de cette seconde épreuve, il a l’insigne honneur d’entendre son nom prononcé de la bouche même de Louis XIV. Il est le choix personnel du roi.

Paris - Eglise Saint-Gervais

Paris – Eglise Saint-Gervais

A partir de cette date, Delalande va avoir la carrière musicale officielle la plus brillante qu’aucun compositeur français n’a jamais eue. N’étant au départ qu’un des quatre sous-maîtres de la Chapelle, il devient très vite également compositeur de la musique de la Chambre (1685), puis Surintendant de la Musique du Roy à la suite de Lully (1689), puis Maître de la musique de la Chambre (1695), récupérant au passage la totalité des quartiers que possédaient les autres compositeurs à la Chapelle et à la Chambre. A la fin du règne de Louis XIV, il possède donc la totalité des charges de compositeur à la cour. Il est alors plus puissant que Lully lui-même ne l’a jamais été. Sous Louis XV, il délaissera peu à peu ces différents postes, conservant tout de même trois quartiers à la Chapelle royale jusqu’en 1723. Le jeune roi le fera chevalier de Saint-Michel et lui confiera la direction des cérémonies lors de son sacre à Reims. Delalande meurt à Versailles en 1726. On ne mesure pas encore très bien l’impact qu’il eu sur son temps et l’importante influence qu’il exerça sur de grands compositeurs comme Haëndel, Bach, etc.

Louis XIV

Louis XIV

On lui doit plus de 70 grands motets, une vingtaine de ballets, plusieurs Leçons de Ténèbres, une messe en plain-chant et bien-sûr l’énorme corpus des Symphonies pour les soupers du roi.

Voici le splendide Super flumina Babylonis composé pour la Chapelle

Le touchant Caprice que le roi demandait souvent

(Et je me permets d’ajouter un magnifique grand motet de Delalande, que j’ai eu la chance de chanter avec Henri de Villiers

Ainsi qu’un extrait des Symphonies pour les soupers du Roi

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