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On associe fréquemment la flûte de Pan à l’Amérique du Sud : nous avons tous entendu dans les couloirs du métro, à la radio ou sur les marchés, des groupes folkloriques « péruviens » interprétant de la world music, à grand renfort de synthétiseur et de bonnets en laine d’alpaga fabriqués en Chine. El cóndor pasa est devenu un grand classique : la chanson, écrite au début du XXe siècle, est désormais considérée comme Patrimoine Culturel de la Nation au Pérou. Simon et Garfunkel en ont fait un tube mondial, il y a déjà près de 50 ans.

En réalité, la flûte de Pan est universelle… et très ancienne. En effet, la simplicité (apparente) de sa fabrication en fait l’un des tous premiers instruments de musique de l’histoire de l’humanité. Pour un homme du Néolithique, souffler dans un roseau semblait certainement tout aussi naturel que souffler dans une canette de bière à moitié remplie pour un étudiant éthylique.

Quelques siècles plus tard, les grecs associeront la flûte au dieu Pan, dont elle est un attribut, avec les cornes et les pattes de bouc. On a d’ailleurs retrouvé plusieurs statues antiques présentant une flûte dite « de Pan ».

Aujourd’hui, vous allez (re)découvrir une flûte de Pan originaire d’Europe de l’Est, et plus précisément de Roumanie : le naï roumain.

La présence de flûtes polycalames (c’est le mot savant pour dire qu’il y a plusieurs tuyaux) en Roumanie est attestée depuis au moins 2000 ans : on a retrouvé un sarcophage romain en Petite Valachie représentant un Eros jouant de ce type de flûte.

Flûte roumainePendant longtemps, le naï a été cantonné aux communautés de quelques régions de l’actuelle Roumanie, notamment en Valachie. Au début du XIXe siècle, son aire d’utilisation va s’étendre et sa notoriété s’accroître. Pour peu de temps, car le naï va presque disparaître à la fin du XIXe siècle, étant considéré comme un instrument populaire, associé aux tziganes voleurs de poules. Un homme va sauver cet instrument de l’oubli : Fanica Luca (1894-1968). Ce génial interprète va se produire partout dans le monde, faisant ainsi connaître largement la musique populaire roumaine. Il va être aussi à l’origine du renouveau de la formation musicale dédiée à cette musique, en faisant éclore de jeunes talents, dont le célèbre Gheorghe Zamfir. Aujourd’hui, le naï est largement diffusé dans le monde entier, à la fois dans la musique traditionnelle roumaine et dans la musique classique. A cet égard, si toutes les adaptations ne sont pas très heureuses, certaines sont magnifiques. L’exemple présenté ci-dessous est parlant.

A l’origine, c’est un instrument plutôt sommaire, avec un nombre réduit de tuyaux : peut-être cinq ou six, ne permettant pas de jouer de mélodies complexes. Au fur et à mesure des siècles, le naï va voir le nombre de ses tuyaux augmenter, pour atteindre désormais une vingtaine.

Flûte roumaineLe principe est simple : la flûte est composée de plusieurs tuyaux parallèles, de taille décroissante, et reliés entre eux par une baguette de bois. L’ensemble est légèrement courbé, permettant de passer plus rapidement d’un tuyau à l’autre et d’accroître ainsi la virtuosité. L’instrumentiste souffle de biais dans les tuyaux qui sont bouchés à l’autre extrémité. Pour jouer les demi-tons, plusieurs techniques sont utilisées, notamment en faisant pivoter légèrement la flûte. Honnêtement ce n’est pas simple : j’ai acheté une flûte de ce type il y a une dizaine d’années, et je peux vous assurer qu’il est compliqué de bien jouer.

La grande qualité du naï est son immense expressivité. Toute la palette des émotions humaines peut être figurée. J’ai en mémoire un vieux disque vinyle sur les flûtes roumaines où l’instrumentiste exprimait de manière très réaliste les sanglots de l’épouse abandonnée (ou veuve je ne me souviens plus), rendant la pièce particulièrement poignante. D’autres pièces sont d’une vivacité nécessitant une grande dextérité de la part du flûtiste. Evidemment, il faut une maîtrise parfaite de l’instrument, qui s’acquiert après des années de travail.

Un seul bémol : certains joueurs de naï se laissent tenter par la musique ethnique, assez insipide il faut l’avouer. On se croirait dans un ascenseur ou dans un salon de relaxation… Dommage car cet instrument est à découvrir et apprécier.

 – A 55’’, on entendrait vraiment le pépiement de l’oiseau.

Un dernier pour la route !

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