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Il est des musées dont la physionomie austère empêche toute velléité de visite : un bâtiment magnifique mais glacial, un personnel d’accueil qui l’est tout autant, des panneaux d’informations peu clairs et une signalétique extérieure placée pour perdre le visiteur… et pourtant ils peuvent cacher des trésors. L’avantage est que vous êtes quasi seul à en profiter, même un samedi après-midi de printemps pluvieux. C’est le cas du musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Situé au premier étage de l’hôtel de Rohan, palais construit en 1732 pour le cardinal du même nom, prince-évêque de Strasbourg (hé oui, nous sommes en terre d’Empire…), abritant également le musée des Arts décoratifs et le Musée Archéologique de la ville.

Palais Rohan - Strasbourg

Comme beaucoup de grands musées de province, il possède une collection d’œuvres très variées, héritière des différentes donations, ce qui lui donne d’ailleurs tout son charme. On note notamment la présence :

  • d’une très belle série de peintures italiennes, de la fin du trecento au XVIIIe siècle : Filippino Lippi, Piero di Cosimo, un superbe saint Roch de Cima da Conegliano… et plus tard un portrait de Raphaël, une scène du Corrège, un paysage de Canaletto (Venise… pour changer). J’aime moins Véronèse, Le Tintoret, mais ceux qui apprécient seront comblés.
  • de plusieurs salles dédiées à la peinture flamande et hollandaise : scènes de genre, paysages où l’on trouve des œuvres de Ruysdael, de Hooch, Van Dyck, Jordaens et un Rubens très sage (les donateurs étaient souvent protestants…). Les natures mortes sont nombreuses et somptueuses !
  • de quelques peintures françaises, peu il faut l’avouer : Chardin, Greuze, Largillière, un portrait de Richelieu par Champaigne, un magnifique tableau de Simon Vouet, etc…
  • Un immense tableau de Cornelis Engelsz. que vous connaissez sûrement : la Garde civique de Saint Adrien. On le savait grand, mais pas à ce point : plus de cinq mètres de long, près de deux mètres de haut. Un portrait collectif de 46 personnages !

 

La Garde civique de Saint-Adrien - Cornelis Engelsz.jpg

Cliquez et cherchez Cornelis…

Enfin, jusqu’à la fin du mois de mai, le musée propose une très belle exposition sur Ribera à Rome, comprise dans le billet d’entrée aux collections permanentes. Vous assistez à une véritable enquête policière : pendant longtemps les historiens de l’art ont attribué une série de tableaux romains à un dénommé Maître du Jugement de Salomon tout aussi mystérieux que talentueux, en particulier une série de cinq apôtres. En 2000, on donnait à ce bel inconnu la paternité d’une vingtaine d’œuvres de grande qualité. En 2002, un historien de l’art florentin (on ne se refait pas) publia un article où il démontra que ce fameux Maître du Jugement de Salomon était en réalité Ribera lui-même, dont on ne connaissait aucune œuvre de sa période romaine (1606-1616), avant de partir pour Naples. Un grand mystère de l’histoire de l’art était résolu.

Saint Thadée - RiberaLe musée consacre donc une brève exposition temporaire sur cet épisode. En plus des œuvres attribuées certainement ou moins certainement au peintre espagnol, une salle spécifique est réservée à la série des apôtres réunissant pour la première fois les six tableaux connus… et les sept disparus (oui, cela fait treize, mais il y a le Christ et peut-être en plus saint Paul), dont on ne voit que… les cartels. L’ensemble est saisissant !

 

La muséographie est classique mais pas poussiéreuse pour un sou. Le musée se visite facilement. On passe un très agréable moment.

A visiter donc !

http://www.musees.strasbourg.eu/index.php?page=Musee-des-Beaux-Arts

Pieter de HoochChampaigne - Richelieu

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