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Niché entre Quercy, Périgord et Guyenne, à la frontière des anciens domaines anglais et français, se dresse fièrement le château de Biron.

Fief de la famille Gontaut-Biron pendant 24 générations (calculez vous-mêmes, à raison de 30 ans par génération, cela fait pas mal), il est propriété publique depuis 1978.

Biron 1Construit au XIIe, il est fortement endommagé pendant la guerre de Cent ans puis reconstruit un siècle et demi plus tard par Pons de Gontaut et son frère Armand, évêque de Sarlat, qui y ajoutent un logis Renaissance et une chapelle. L’un de leurs descendants, pourtant fils d’un compagnon d’armes d’Henri IV, complota contre le roi et finit donc sous la hache du bourreau. La famille perdit du même coup son titre ducal et ses revenus. Elle ne s’en relèvera qu’au début du XVIIIe. Pendant la Révolution, le propriétaire, Armand-Louis, croyant sauver sa tête, son nom et sa fortune se rallia aux idées nouvelles. Il en perdit les trois, victime des purges jacobines ; il avait pourtant donné des gages de bonne conduite sans-culotte en allant massacrer quelques Vendéens à Saumur et Parthenay. Néanmoins, le château resta dans la famille, en plus de l’actuel musée Rodin et de quantité d’autres demeures.

Le dernier propriétaire de la famille est un flambeur. Dans les années folles, il dilapide sa fortune aux courses et au jeu et vend le mobilier du château au fur et à mesure ce qui fait qu’aujourd’hui, Biron est vide, désespérément vide. Quand Biron voulut danser, le château en fut vidé ! Il appartient au Conseil Général depuis 1978 qui y effectue depuis de nombreux travaux.

Une fois cet historique achevé, allons visiter ledit château !

Biron 2De loin, il est très impressionnant. De près, il l’est encore plus. Pensez, il est construit sur trois niveaux : le village et la chapelle basse, la basse-cour et la chapelle haute (vous suivez ?), et enfin la cour haute.

C’est un très bon exemple d’architecture composite mais néanmoins harmonieuse, sa construction s’étalant sur sept siècles.

Biron cour hauteLa partie la plus ancienne est le donjon, datant du XIIe siècle, situé au haut de la butte. C’est une construction massive dont l’austérité n’a été altérée que par l’ajout d’ouvertures pendant la Renaissance et la période classique. Ce donjon forme l’un des bâtiments ceinturant la cour haute, aux côtés du logis Renaissance et de l’aile XVIIIe. Cette dernière présente un corps de logis élégant, dont le rez-de-chaussée est une immense et haute salle (peut-être 7 mètres de plafond !) et le sous-sol une cuisine tout aussi grande… mais qui n’a jamais servie. Une loggia à l’antique, grande ouverte sur une large terrasse d’où l’on embrasse tout le paysage environnant, forme le dernier côté de la cour. Le propriétaire de l’époque avait même le projet de relier cette terrasse au village par de gigantesques escaliers  (si vous avez bien suivis, nous sommes tout en haut, ils n’avaient pas froid aux yeux).

Biron - IntérieurEn descendant, ou en montant, tout dépend du sens de votre visite, vous empruntez un solide escalier fortifié pour atteindre la basse-cour, accueillante et herbue, ceinte de plusieurs bâtiments : écuries de l’époque classique, tour du XIIIe, chapelle… Et quelle chapelle ! Une église tant ses dimensions sont imposantes. Elle comporte deux étages – comme à la Sainte-Chapelle, ambitieux les deux frères Pons et Armand de Gontaut-Biron ! – le bas étant réservé aux villageois, le haut pour le château… et quatre chanoines, ce qui en fait une collégiale (assez rare pour une chapelle castrale). Il reste les gisants des bâtisseurs, les sculptures (une Pietà notamment) ayant été vendues aux américains au début du XXe siècle : on se console avec leur photos.

Biron - ChapelleLa visite est agréable, avec des explications concises mais précises ; on peut y passer du temps, flâner sur les terrasses ou admirer le paysage.

Honnêtement, le château est magnifique, plus par son architecture majestueuse et formidable que par sa décoration (ah ces salles vides !). Et il représente un superbe témoignage de l’histoire troublée de cette région.

J’y suis allé, j’y reviendrai.

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