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C’est le dernier château de la Loire, avant son embouchure. D’ailleurs, c’est peut-être le seul dont les pieds baignaient dans une eau provenant directement du grand fleuve capricieux.

A deux pas de la cathédrale Saint-Pierre se dresse fièrement le château de Nantes, preuve que le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel pouvaient faire bon ménage et qu’ils n’étaient pas obligés, comme à Clermont-Ferrand, d’être séparés par plusieurs kilomètres : chacun sur sa butte l’un à Clermont, l’autre à Montferrand.

C’est un château assez étonnant, construit à un moment charnière de l’histoire de l’architecture civile et militaire. De l’antique ouvrage du XIIIème et XIVème siècle, il ne reste qu’une vieille tour – la tour du vieux donjon – en schiste brut. En revanche, l’essentiel du château que nous admirons aujourd’hui a été construit par François II, le papa d’Anne, la duchesse en sabots. C’était en 1466. Il fallait un bâtiment solide, symbole du pouvoir ducal et de son indépendance par rapport à la couronne de France. Mais en même temps, on se disait qu’habiter dans des tours froides et humides, ce n’était pas très fun et que, tout chef militaire qu’il était, le duc de Bretagne pouvait s’autoriser à vivre plus confortablement que dans une caserne.

Château de Nantes - Vue aérienne

Château de Nantes – Vue aérienne

Du coup, le château est à la fois un ensemble défensif puissant et une demeure princière agréable. Pour distinguer les deux, on pourrait dire que le duc et ses successeurs ont adopté un « code couleur » simple : du gris pour le militaire et la défense, du blanc pour l’agrément.

Le gris, en schiste et en granit : les sept tours, le chemin de ronde. On notera notamment la célèbre tour du Fer à Cheval, impressionnant ouvrage défensif construit par la duchesse boiteuse ainsi que le chemin de ronde, doté de meurtrières et de mâchicoulis, d’où les défenseurs jetaient non pas de l’huile bouillante (beaucoup trop chère), mais comme le dit mon mien neveu de dix ans « le contenu des latrines » et de l’eau bouillante. Le rempart, percé de rares fenêtres, est d’une épaisseur notable : il fallait résister au tir de l’artillerie naissante ! Admirez enfin la Tour des Jacobins, où ont croupi quelques Anglais au XVIIIème siècle, et sa construction adaptée aux armes à feu.

Château de Nantes - Grand Logis et Grand Gouvernement

Château de Nantes – Grand Logis et Grand Gouvernement

Le blanc, en tuffeau resplendissant : le grand Logis, la tour de la couronne d’Or, le petit et le grand gouvernement (ce dernier est reconstruit par Louis XIV). Le Grand Logis est un superbe exemple de bâtiment du début de la Renaissance française : gardant un aspect général massif, il présente des lucarnes flamboyantes, des fenêtres à meneau et des balustrades ouvragées. Le jouxtant, la tour de la couronne d’Or (quarante mètres de haut tout de même) est agrémentée de deux loggias richement décorées en style italianisant : on est loin de l’austère architecture médiévale. Le Petit gouvernement est un charmant petit bâtiment, simple et équilibré, aux cheminées de briques élancées. Les bâtiments abritent le musée de l’histoire de Nantes (qui pourra faire l’objet d’un autre article). Quand il fait beau, cela arrive parfois, l’ensemble brille à la lumière du soleil et c’est magnifique !

Château de Nantes - Entrée

Château de Nantes – Entrée

Cette imbrication des deux fonctions, civile et militaire, est particulièrement visible en entrant dans le château. Après avoir franchi les profondes et larges douves par un pont en pierre aux arches élégantes, suivies d’un austère pont-levis (avec une herse et tout et tout, comme dans les films…), levez les yeux et regardez : les deux tours massives, encadrant la porte principale et portant les armes de la duchesse d’avant ses mariages, sont surmontées d’un habillage en tuffeau richement décoré, aux fenêtres typique de la Renaissance et aux cheminées juchées sur des toits en ardoise sombre. L’ensemble est assez original et « raconte » bien l’histoire de ce château.

Tous les bâtiments entourent une vaste cour d’où émerge le puits aux sept poulies surmonté d’un délicat entrelacs de fer forgé, censé représenter la couronne ducale (bon, j’avoue que j’ai du mal à me représenter une telle couronne). De la cour, n’hésitez pas à admirer le grand escalier et les pièces d’artillerie exposées et à imaginer la vie de la cour dans la cour au temps de la grande duchesse. Encore aujourd’hui, elle est le lieu de multiples spectacles en tout genre, de plus ou moins bonne qualité.

Château de Nantes - Le puits

Château de Nantes – Le puits

Enfin, si je vous disais que le parcours décrit dans cet article est gratuit, si je vous disais que le château a fait l’objet ces dernières années d’une restauration poussée et qu’il est bien plus beau que lorsque je le visitais étant petit, alors vous n’aurez aucune raison de ne pas courir visiter le château des Ducs de Bretagne à Nantes.

http://www.chateau-nantes.fr/

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