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Décidément, je n’aime vraiment pas le Louvre : trop d’œuvres assemblées, j’ose dire entassées. Plein d’œuvres magnifiques, évidemment, mais il est difficile de les apprécier. Et puis, que de monde ! Ça grouille, ça bruisse, ça caquette. Et pourtant j’ai décidé d’y faire un tour, pensant que le froid et la neige allaient rebuter le touriste.

Raté !

J’avoue qu’au début j’y étais allé pour voir une exposition sur la peinture mexicaine aux XVIIème et XVIIIème siècles. Patatras, l’expo est très difficile à trouver, perdue parmi les tableaux espagnols de la collection permanente – fort beaux d’ailleurs (Zurbaran, Ribera, Goya…) –  et en fin de compte, très décevante. Circulez, il n’y a rien à voir…

En revanche, je me suis attardé sur la rétrospective dédiée aux dessins de David d’Angers, qui réserve de jolies surprises.

David_d_Angers - FoyLe Louvre, en collaboration avec le musée d’Angers, nous propose une belle collection d’esquisses, de dessins et de modèles réduits en terre cuite, préparatoires aux œuvres plus magistrales que sont les sculptures en pied, les bas-reliefs ou les monuments funéraires, ainsi qu’une partie de la collection de dessins de l’ami David, couvrant principalement le XVIIIème et le début du XIXème siècles (Vernet – Claude-Joseph, pas Horace, Géricault et même Friedrich ; si, si, le Teuton qui a peint Le voyageur contemplant une mer de nuage, œuvre présente dans tous les bouquins d’histoire de collège comme archétypal du début du romantisme allemand à la Herder, Schiller ou Goethe). On n’a pas le sentiment de s’être fait avoir – vous savez les expos qui s’appellent « Rembrandt et ses potes » où il y a beaucoup de potes et peu de Rembrandt… Là il y a vraiment du d’Angers ! Deux salles pleines à ras-bord.

David d'Angers 2De son vrai nom Pierre-Jean David, il est né à Angers en 1788 et mort en 1856. Autant vous dire qu’il en a connu des régimes. D’ailleurs, ça se voit dans les pièces présentées. Fasciné par la mystique thermidorienne et impériale, il a sculpté de nombreux sujets militaires tels que les campagnes d’Espagne du général Foy (monument funéraire au Père Lachaise), mais aussi, quand il le fallait (il faut bien se nourrir, ma bonne dame), un bas-relief représentant la réception du duc d’Angoulême, un médaillon en bronze de Chateaubriand, avec une tête assez inhabituelle, et encore un peu plus tard, un portrait de Prosper Mérimée.

David d'Angers 1Cela donne une œuvre assez éclectique dans les sujets mais une forte unicité dans le style : un historien de l’art parlerait de rhétorique picturale classique. Et en effet, il a par exemple illustré, visiblement avec délectation, une édition d’Antigone, aux traits avares, drapés marqués et muscles saillants (pas pour Antigone, les muscles, pour Créon !). De son voyage en Grèce, avec sa fille Hélène, il rapporta des croquis antiques de toute beauté, notamment de Philopœmen (c’est utile une expo, on apprend le nom de gens illustres !) à Sparte. Même les événements contemporains sont classicisés : la victoire de tel général napoléonien devient un triomphe antique où la virtù et le courage triomphent de la veulerie et la bassesse ; une révolte d’esclaves à Saint-Domingue devient un combat entre gentils Hellènes et méchants Perses (pour l’anecdote, dans la scène, il a croqué un esclave croquant un soldat de la révolution – pas très politiquement correct tout ça…). Les dessins préparatoires sont parfois nerveux, parfois au contraire très précis, notamment les portraits. On peut même apercevoir les techniques de dessins utilisées : il y a un superbe exemple de carroyage méticuleusement dessiné. A la fin de sa vie, alors que nombre de ses contemporains avaient sombré dans un romantisme de bon aloi ou dans les caricatures sociales, il est resté fidèle à sa ligne classique.

D'angers - Chateaubriand

Si, si, c’est bien Chateaubriand !

Cela donne une exposition agréable à visiter : un regret, qu’il n’y ait pas systématiquement la reproduction de l’œuvre sculptée à côté du dessin préparatoire. Pourtant, cela ferait sens comme dirait l’autre.

A voir bien entendu, autrement, je ne vous en parlerais pas, mais un conseil, allez-y tôt le matin, il y aura moins de monde. Et combinez cette visite avec une partie des collections permanentes (billet commun). Ne tardez pas trop, c’est jusqu’au 20 mai !!

http://www.louvre.fr/expositions/david-d-angers-dessins-des-musees-d-angers

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