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Après vous avoir fait découvrir un monument spécifique ou une ville, je vous propose cette semaine de visiter une région au particularisme affirmé : la Flandre française.

C’est le territoire français le plus septentrional, le Noooord quoi, là où les Marseillais pensent qu’il y a des rennes divaguant dans la toundra et, l’hiver, une banquise et des igloos. Située entre Lille et Dunkerque, on divise traditionnellement cette région en deux. Le Houtland (terres de l’intérieur – littéralement, « le pays du bois », même s’il n’en reste plus beaucoup) est marqué par la présence de la « chaîne » des monts de Flandre, qui culmine à 176 mètres au Mont Cassel, l’Everest des Flandres – on a le sens de la comparaison là-bas. Le Blootland (« pays tout nu ») est caractérisé par sa platitude absolue, la présence permanente de l’eau (les watergangs). Parfois, comme dans les Moëres, on se trouve même en-dessous du niveau de la mer.

Ces deux micro-régions ont la même identité et la même histoire. Même si, désormais, on y parle le français, l’influence des voisins Flamands flamingants est importante : dans ma prime jeunesse, j’ai par exemple toujours entendu parler du cotje (ou kot’che) de la pâture à vaches, d’une couque aux raisins et du potjevleesch goûtu. C’est une terre agricole riche, parsemée de villes et villages ayant acquis leur indépendance dès le XIIe siècle, avec les libertés communales afférentes, sans la contrainte d’une quelconque aristocratie oisive.

Champ de houblon

Champ de houblon

Admirez les paysages, surtout dans le Houtland (du côté de Dunkerque, ça a beaucoup moins d’intérêt), les champs de houblon, les saules têtards, la lumière mouillée et les ciels argentés – c’est le nom poétique pour dire gris. Vous êtes dans une terre industrieuse, laborieuse et de vieille urbanisation : on dit même que les loups ont disparu de la région sous Louis XI.

Ayant développé les industries drapières et le commerce international, ces villages et villes sont plutôt bien garnis en vieux monuments remarquables (en briques bien sûr). On sent encore, malgré la rudesse de ses habitants, l’opulence passée et présente, alliée à une indépendance farouche et une fierté honorablement placée.

Quand vous parcourrez ces contrées, ne ratez pas trois lieux !

Le Mont des Cats, patrie du fromage et de la bière du même nom, fabriqués par les moines trappistes priant dans l’abbaye qui le couronne. Le Mont est situé juste à la frontière avec la Belgique. A ses pieds, et sur la route de Steenvoorde, le village typique de Godewaersvelde (hé oui, c’est du flamand ; et encore, je vous épargne la prononciation) avec son bar Le Blauwershof, un tantinet indépendantiste, ses jeux traditionnels, son gros patron chevelu et ses portraits de présidents de la république qui servent de cible aux fléchettes (si, si, je l’ai vu avec Chirac).

Bergues- Canal

Bergues- Canal

Bergues : pour beaucoup de monde désormais, c’est une ville de facteurs benêts parlant le ch’ti et picolant dès le matin. Rien de plus faux ! Les Flamands n’ont jamais eu cet accent de prolo des usines textiles de la métropole lilloise ou des mines du bassin. En plus, les Flamands sont indépendants, fiers, riches, méfiants au premier abord (en gros pas très sympas) – après ils sont gentils, surtout après quelques chopes. Pour visiter cette ville, faite abstraction du film et admirez les remparts, en partie médiévaux, en partie remaniés par Vauban, le beffroi (reconstruit après la Seconde Guerre mondiale), les beaux restes de l’abbaye Saint-Winoc, les portes d’Hondschoote et de Dunkerque…

Et enfin, ma petite madeleine (de Proust) malgré tout, Cassel : l’une des plus anciennes cités du nord de la France, puisqu’elle était occupée par les Morins avant que n’arrivât l’envahisseur romain : Jules en parle dans sa Guerre des Gaules, à côté des Nerviens, des Ménapiens et des Atrébates. Du haut du Mont, vous pouvez encore remarquer l’empreinte de la civilisation romaine : quatre voies clairement visibles et toujours utilisées. Après une histoire mouvementée (quatre batailles tout de même) et un dynamisme certain, il faut avouer que la petite ville s’endort un peu.

Cassel - Vue générale

Cassel – Vue générale

Vous pouvez quand même y visiter : la collégiale de type hallekerke, typiquement flamande, dont les trois nefs ont la même hauteur ; la grand’place, très animée les jours de ducasse, où se situe le musée de Cassel (avec notamment des dents de requins et une mâchoire de rhinocéros laineux légué par ma famille – la classe !) ; les estaminets en tout genre.

Cassel - Reuze Papa

Cassel – Reuze Papa

Au sommet trônent le moulin de Cassel qui fonctionne toujours, l‘affreux bâtiment hébergeant la radio indépendantiste Uylenspiegel (addendum : une fidèle lectrice me signale que ce bâtiment est désormais détruit) et la statue du Maréchal Foch inauguré… par lui-même (imaginez le panégyrique !). Le lundi de Pâques, jour de carnaval, les géants Reuze Papa et Reuze Maman sortent, alors que la foule bigarrée entonne des chants incompréhensibles pour le néophyte (le reuzenlied tiré d’ailleurs de la pièce grégorienne Conditor Alme Siderum dans sa partition originelle), que le four magique transforme la vieille décrépite en jeune fille avenante et que la bière coule à grands flots.

Même si la campagne est fortement habitée, les villages pas toujours au format carte postale, le temps parfois pluvieux, la brique omniprésente un peu lassante et les paysages un peu monotones, cette région possède un charme certain, même pour ceux qui n’y sont pas nés. Venez, voyez, et appréciez doucement ce plat pays qui est le mien.

Cassel - Ferme du Mont des Récollets : c'est beau et la propriétaire m'est chère !

Cassel – Ferme du Mont des Récollets : c’est beau et la vénérable propriétaire m’est chère !

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