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La Follia ? La quoi ? Vous avez tous entendu ici ou là cette mélodie, y compris chez Franprix en faisant vos courses, en version remixée pour Nostalgie ou Chérie FM – sans doute moins sur Beur FM ou Radio FG…

On pense qu’elle est née au Portugal à la fin du XVème siècle. D’autres disent qu’elle vient des Canaries, d’autres d’Espagne… En tous cas, elle vient du tréfonds de la péninsule ibérique, à la fois farouche et débridée, fière et joyeuse. Un auteur espagnol du début du XVIIème la décrivait ainsi « La Folia est une certaine danse faisant grand bruit car elle réunit beaucoup de monde avec des sonnailles aux pieds… et le bruit en est si grand et le son si hâtif, qu’ils ont l’air d’avoir perdu la raison : d’où le nom de Folia donné à la danse ». La danse pour ploucs est devenue danse des BCBG de l’époque, reprise par toutes les cours princières, un peu comme si Patrick Sébastien faisait fureur dans le VIIème. Le thème, très simple, a été repris par les compositeurs qui en ont fait de savantes et nombreuses variations. Depuis la Follia a suscité un grand engouement dans toute l’Europe pendant trois siècles… et vit toujours aujourd’hui.

Un Anglais s’est amusé à compter le nombre de compositeurs qui ont repris cette mélodie (c’est vraiment un truc d’Anglais…). Il est arrivé à 150 ! En vrac et dans le désordre, Corelli (la version la plus connue), Marais, Bach, Scarlatti, Vivaldi, Monsieur Anonyme (de nombreuses fois), Cabezon, Mudarra, Murcia, Albicastro, Cabanilles, Corbetta, Playford, Storace, Falconieri (le premier publié), Couperin, Ortiz, Martin y Coll, Grétry, Liszt, Rachmaninov… et jusqu’à Vangelis et des DJ comme Da Hool ou Sash (mais si vous savez la techno de la fin des années 1990 – les thèmes obstinés pour décérébrés, ça ils connaissent)

Le thème est en huit mesures ; sa flexibilité a permis tous les arrangements, tous les styles et ce pour une variété considérable d’instruments. On peut le trouver majestueux, tout en retenue ou en tension, ou alors vif et libre à souhait. La ligne de basse est elle-même une merveille d’équilibre, simple et de bon goût : une basse obstinée, lancinante, voire irritante : génial !

Follia

Manuscrit 1695

Follia 2

Thème et ostinato de basse en écriture moderne

Après j’ai une hypothèse très personnelle pour expliquer le succès de cette succession de notes. Vous connaissez le nombre d’or qui est un rapport de mesures idéal, largement utilisé par l’art (peinture, sculpture, architecture…) depuis les grecs. On s’est rendu compte que si cette proportion « idéale » avait un si grand succès c’est qu’elle correspondait à des caractéristiques physiques de la vue humaine. Et bien pourquoi ne serait-ce pas la même chose avec la Follia et l’ouïe humaine ? Affaire à suivre…

Quelques exemples glanés sur Youtube

1. Avec la flûte de Frans Brüggen, le maître à penser et à jouer de tous les flûtistes

2. Au clavecin

3. Avec Jordi Savall – et sa fifille Arianna à la harpe

4. Hé oui, le thème est inépuisable – Même Taizé s’y met

Enfin, je vous conseille les deux disques exceptionnels de Jordi Savall consacrés à la Follia, que vous pouvez vous procurer sur son site, http://www.alia-vox.com – Au passage, vous pourrez lire l’hommage émouvant de Jordi Savall à sa femme,Montserrat Figueras, une très grande dame de la musique ancienne disparue l’année dernière.

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