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Après les pérégrinations de Thierry et ses amis au pays des Sarrasins, nous revenons en France et plus précisément en Auvergne. L’Auvergne ce n’est pas seulement les pneus, les volcans, l’eau minérale et Vercingétorix (né sous Louis-Philippe, Battit les Chinois un soir à Ronc’vaux, C’est lui qui lança la mode des slips, Et mourut pour ça sur un échafaud – vous  ne connaissez pas ? C’est une chanson intelligente des années 30).

L’Auvergne c’est aussi une région de pauvres, moralité, les habitants n’ont pas pu construire beaucoup de belles églises gothiques et de joyaux baroques ou classiques. En plus, comme c’est loin de tout, il y eut peu de guerres. Les églises romanes restent donc très nombreuses (250 !!), pour notre plus grand bonheur. Parmi elles, on distingue les « cinq majeures » qui ont conservé leur architecture initiale : Saint-Austremoine à Issoire, Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand, Notre-Dame tout court à Orcival, Notre-Dame encore à Saint-Saturnin et Saint-Nectaire (…à Saint-Nectaire).

Eglise_St_NectaireJe ne vais pas vous exposer les caractéristiques du roman, vous les avez apprises dans votre prime jeunesse : les histoires de voute en plein cintre, de déambulatoire, de chevet avec absidioles, de rinceaux et tout et tout…vous connaissez.

Seulement, quand vous visiterez ces cinq églises, je vous invite à observer en particulier :

Notre-Dame du Port ClocherLa « juste » taille des édifices : les élévations sont… élevées – on ne rentre pas dans une catacombe – tout en restant très équilibrées et pas trop monumentales. Comme dirait mon pote K. on est dans l’ordre du beau et non du sublime, et donc sans ce sentiment d’écrasement, d’impuissance du regard et de l’imagination, et d’absence de compréhension globale du monument. Comparez avec Saint-Pierre de Rome, vous serez saisis !

Vous verrez qu’en Auvergne, la croisée des transepts ne porte pas directement le clocher mais qu’elle est surmontée d’une structure de forme rectangulaire dont le côté le plus long est perpendiculaire à l’axe de la nef et que l’on appelle le massif barlong (plus large que long). Il permet également de renforcer la verticalité et de faire davantage entrer la lumière.

Barlong

La lumière ? Parlons-en justement ! Les mauvaises langues disent que l’art roman ignore la lumière ou plutôt que l’art gothique joue avec la lumière contrairement au roman. Visitez Saint-Nectaire, vous changerez d’avis. Il est vrai qu’en revanche la lumière est traitée de manière plus délicate, plus simple, pour des raisons techniques – taille possible des ouvertures – et théologiques – tout doit mener vers Dieu et la sobriété évite un attachement trop important aux réalités de ce monde. Je vous renvoie au texte d’Erwin Panofsky (il fallait bien que je le cite celui-là…) « L’abbé Suger de Saint-Denis » qui est la première partie de son livre « Architecture gothique et pensée scolastique » (le titre est ronflant, mais ça se lit facilement) qui montre bien les raisons spirituelles de l’opposition entre les cisterciens et Suger sur le traitement de la lumière et de la décoration dans l’architecture sacrée. Visitez ces églises de préférence le matin pour en profiter à plein.

Notre-Dame du PortND du Port 1

Et enfin, la richesse de la décoration : là encore, ne voyons pas d’opposition entre un gothique riche et un roman épuré, en tout cas pour les églises auvergnates dont nous parlons. Prenez le temps pour admirer les chapiteaux au vocabulaire riche et coloré, souvent plein d’humour, les frises festonnées, les tympans majestueux et fleuris. Issoire est entièrement peinte, Saint Nectaire voit ses chapiteaux habillés de couleurs vives… et Notre-Dame du Port récemment badigeonnée de jaune de bas en haut, hormis les chapiteaux qui restent gris (photos), cause de grand émoi dans toute la ville : à Clermont, on se crêpe le chignon pour le badigeon !IssoireEt regardez surtout les chevets de toute beauté, notamment celui de Notre-Dame du Port et celui d’Issoire. Ah oui, j’oubliais, les constructions ne sont pas en pierre volcanique, comme le sera la cathédrale de Clermont ; elles datent d’avant (l’utilisation de ces pierres, pas des éruptions). Néanmoins, les architectes ont su utiliser la palette des couleurs variées des différents matériaux de construction pour obtenir des tonalités particulièrement intéressantes tant en terme de couleur que de matière. Le diable est dans les détails il paraît, la beauté aussi visiblement.

Issoire2

Ces quelques mots dits, bonne visite !

Je remercie Eudes et May pour leurs précieuses photos prises aujourd’hui même

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