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J’ai rendez-vous aujourd’hui avec Jeanne Barbey.

Jeanne Barbey est une jeune musicienne principalement connue pour son Te Deum pour Lagrasse qu’elle a composé en 2005. Depuis, elle a écrit de nombreuses pièces de musique sacrée.

Bonjour Jeanne, première question d’une banalité affligeante, d’où t’es venue l’idée d’écrire de la musique ?

Je connais la musique depuis que je suis toute petite. Mes parents étaient – à défaut d’être eux-mêmes musiciens – de grands amateurs de musique, notamment de musique ancienne. Petite, mon père, professeur d’histoire du droit, aimait à faire le lien entre la musique écoutée, la vie du compositeur et le contexte historique. J’ai donc baigné très jeune dans un univers musical riche. Et très tôt, j’ai su, de manière intuitive ce qui me plaisait et pourquoi cela me plaisait. La composition est venue naturellement : j’ai toujours voulu écrire ce que j’aimais.

Jeanne1

Quelle musique préfères-tu ? As-tu un compositeur préféré ?

Au début, j’écoutais surtout de la musique instrumentale, Vivaldi, Telemann, Monteverdi et petit à petit, j’ai appris à aimer la musique vocale. Quelle musique préférée ? C’est difficile à dire : de la musique baroque, c’est évident. Je pense notamment à la musique espagnole et notamment les interprétations de Jordi Savall qui m’ont beaucoup influencée : du rythme, de la couleur, de la tension. Mon compositeur préféré ? Haendel assurément et ensuite Monteverdi.

Pourquoi Haendel ?

J’aime tout chez Haendel. J’apprécie aussi bien les harmonies que la structure musicale. Combien de fois ai-je pu écouter le Dixit Dominus ! Honnêtement, je pense que son influence sur ma propre écriture est certes involontaire mais forte.

Ca reste très baroque, rien de bien après Vivaldi et Bach ?

Bien entendu, il y a de très belles choses après Vivaldi et Bach (notamment Mendelssohn et le premier romantisme), mais je trouve les œuvres plus intéressantes que belles. En ce moment, tu vois, je me force même à écouter des pièces qui a priori ne rentrent pas du tout dans mes goûts, pour chercher à les comprendre ; par exemple, je viens de réécouter le Pierrot lunaire de Schönberg. J’aimerai comprendre comment on peut apprécier la beauté d’une telle œuvre : remarque, ce n’est peut-être pas le but des gens qui aiment ce type de musique…

Pour revenir à la composition, comment écris-tu, par quoi commences-tu ?

Il y a à la fois l’inspiration et la technique. Je commence toujours par choisir le texte (souvent un texte sacré – question de sens) ; à partir du texte, j’en déduis le rythme de la phrase. Le top, ce sont des pièces comme l’Ave Maris Stella : de la poésie rythmée et très équilibrée. Le choix de la tonalité vient ensuite. Et puis après, et bien, il faut écrire : je privilégie le contrepoint (fleuri ?) plutôt qu’une simple harmonisation de mélodie, et en même temps j’écris plutôt en vertical. Le rythme des différentes voix à l’intérieur des phrases vient en dernier.

Te Deum

Et une fois la pièce écrite, tu y reviens ?

Maintenant j’arrive à retravailler mes pièces, mais une fois que c’est écrit, c’est écrit. Sauf, bien sûr en cas de grosse erreur de composition. Mais j’essaie le moins possible.

Et l’inspiration ?

Je veux d’abord écrire de la musique que j’aime. J’essaie d’être mon propre auditeur : est-ce que c’est de la musique que j’aimerais écouter avec plaisir ? Je n’ai jamais eu la hantise de la page blanche ! A la limite, c’est plutôt l’inverse, j’ai tendance à beaucoup écrire, mais bon, il faut faire des choix.

Le fait d’être une professionnelle de la musique a-t-il changé ta manière d’écouter et d’apprécier la musique ?

Le fait de composer de la musique n’a pas tué ma recherche de beauté ni, j’espère, atténué ma sensibilité, ce qui est un indéniable risque quand on a une vision technique, voire physique de la musique : bien entendu, je décortique davantage ce que j’écoute et mets des mots sur des sons et enchaînements, mais je tâche de garder une « fraîcheur d’écoute » ; c’est là aussi la chance d’avoir été longtemps « amateur ». Mon but est bien de créer de la beauté, d’attirer vers le beau, au risque de passer pour « popu » ou « ringard ». Tant pis ! Je ne dis pas qu’il ne faut pas respecter les règles de composition, mais lorsqu’on entend certaines pièces de compositeurs contemporains, on se dit que la recherche formelle et la technique a pris le pas sur l’esthétique… et d’ailleurs le public ne s’y trompe pas…

Des projets en cours ?

Oui, naturellement, beaucoup de projets ! Je travaille en ce moment à l’écriture de vêpres de la Sainte-Vierge. Plus d’une heure de musique (l’intégralité de l’office), deux voix solistes – mezzo et haute-contre -, une instrumentation conséquente (clavecin, luth, guitare et hautbois…). Bref c’est un projet ambitieux qui demande beaucoup d’énergie. J’espère pouvoir enregistrer à la fin de l’année 2013 !

Merci Jeanne

Et un extrait de son oeuvre dès que j’ai trouvé comment ça marche !

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